Privatisation de la gestion de l'eau : des promesses non tenues en Argentine
Le groupe Suez (alors Lyonnaise des Eaux-Dumez) a obtenu en 1997 pour une durée de 30 ans le marché public de l'eau de Cordoba, seconde plus grande ville d'Argentine. Ce contrat concernait la potabilisation et la distribution de l'eau pour les 1,4 million d'habitants de la ville, mais non le réseau d'évacuation, jugé non rentable du fait de son mauvais état et laissé à la charge de la municipalité.
Le groupe Suez s'engageait à investir 150 millions de dollars dans les deux premières années de la concession pour améliorer les infrastructures, dont 40 millions prêtés par la Banque européenne d'investissement (BEI) sur garantie de l'Etat argentin, à'améliorer le taux d'accessibilité à l'eau des habitants de Cordoba jusqu'à 97 % d'ici à 2026, à réduire le coût d'accès à l'eau et à améliorer sa qualité pour les usagers, et à payer à l'Etat argentin une redevance annuelle pour l'extraction et la conduite de l'eau depuis les sources jusqu'aux usines de traitement.
11 ans plus tard, Suez n'a pas investi les sommes promises, tandis que les 40 millions de dollars prêtés par la BEI n'ont en réalité bénéficié qu'aux autorités de l'Etat de Cordoba. En 2003, le groupe a même demandé à l'Etat argentin un supplément de 108 millions de dollars, invoquant les pertes subies du fait de la dévaluation du dollar après la crise de 2001. La gestion de l'eau est caractérisée par son manque de transparence et des pratiques de corruption ; le service responsable dirigé par Suez, considéré comme un monopole étranger, n'accepte pas le contrôle de l'Etat argentin ou des usagers. Les bénéfices n'ont pas été réinvestis dans l'amélioration du service bien que le groupe augmente régulièrement ses tarifs (dont une tentative d'augmentation de 500 % en 2005). Environ 400 000 usagers restent aujourd'hui sans accès à l'eau et la qualité de cette dernière reste mauvaise, notamment dans la zone sud de la ville où elle est chargée en produits agrochimiques. Le nombre d'emplois liés, souvent précaires du fait du recours à des sous-traitants, est passé de 1300 à 436 depuis 1999. Les sommes dûes aux collectivités locales n'ont pas non plus été payées comme prévu.
Suite à la très vive opposition de la part de la population et des autorités locales, Suez a perdu le rôle d'opérateur à Cordoba, qui a été transféré en novembre 2008 à la société argentine Roggio (par ailleurs associée de Suez dans d'autres activités de services urbains). Suez reste toutefois partenaire de ce projet, en conservant 10 % du capital de la société gestionnaire Aguas Cordobesas.
Pour en savoir plus :
Fondation France Libertés :
http://www.france-libertes.fr/article.php3?id_article=456&var_recherche=cordoba
Food&Water Watch :
Esclavage et exploitation autour de la production d'éthanol au Brésil
Dans l'Etat du Mata Grosso do Sul, au Sud-ouest du Brésil, 13 000 indigènes, pour la plupart Guarani, travaillent dans les plantations de canne à sucre et dans les usines de transformation d'éthanol. Accidents du travail, salaires impayés, dortoirs insalubres, mauvaise alimentation : pour les autorités-mêmes (inspections du Ministère du travail et de l'emploi), ces conditions de travail sont proches de l'esclavage et constituent des violations persistantes des droits des travailleurs.
Les Guarani paient ainsi un tribut extrêmement lourd à l'industrie de l'éthanol, agrocarburant très rentable au Brésil pour les firmes qui le produisent. Mais la réglementation du travail qui a été mise en place au Brésil, pourtant minimale et mal appliquée, pousse les entreprises à franchir une nouvelle étape : mécaniser la production pour se débarrasser de la main d'oeuvre, et accroître encore les bénéfices de cette industrie.
Le groupe français Louis Dreyfus est le deuxième plus gros producteur d'agroéthanol et de sucre du Brésil. Il a acheté en 2007 des usines dans le Mato Grosso do Sul et décidé d'installer un nouveau complexe sucre-éthanol, inauguré en août 2008. La multinationale française prévoit que toutes les activités de récolte de la canne seront entièrement automatisées. Au total, ce sont 10 à 12 000 emplois qui seront supprimés (Louis Dreyfus est le premier employeur du Mata Grosso do Sul).
Après les avoir exploités dans des conditions intolérables, Louis Dreyfus prévoit donc d'abandonner brutalement les Guarani à leur sort. Des campagnes d'organisations brésiliennes et internationales lui demandent d'indemniser les travailleurs et de mettre en place des programmes de formation et de reconversion. Louis Dreyfus ne peut ignorer les conséquences économiques et sociales qu'aura la mécanisation à outrance sur les populations Guarani.
Pour en savoir plus :
Peuples Solidaires :
Un patrimoine historique et 78 000 Kurdes menacés par le barrage d'Ilisu (Turquie)
Ilisu est un projet de barrage géant en Turquie, dont la construction est financée notamment par la Société Générale. Il est situé en Anatolie du Sud-est, en zone kurde. Ce projet a déjà été planifié et abandonné du fait de ses impacts sociaux, environnementaux, politiques et culturels majeurs.
Le principal impact du projet réside dans le déplacement des populations, nécessaire à la mise en eau du barrage. Jusqu’à 78 000 personnes, principalement d'origine kurde, sont concernées par ces déplacements, ce qui fait de ce projet de barrage le plus important en Europe, dans une région de conflit historique entre les Turcs et la minorité kurde. La Turquie s’est engagée en 2007 à respecter 153 conditions concernant ces relocalisations ainsi que la sauvegarde du patrimoine historique de Hasankeyf, une ville vieille de 10 000 ans et riche de nombreuses civilisations.
Un an plus tard, les rapports d’experts indépendants sont sans appel : la Turquie viole massivement ces conditions et ne semble pas disposée à améliorer ses pratiques. Le plan de réinstallation des populations est au point mort alors que les travaux ont déjà commencé ; aucun site de relocalisation n’a été identifié et les premiers dédommagements financiers se sont révélés totalement insuffisants. De même, aucun recensement du patrimoine culturel de la région n’a débuté, mettant en péril un pan entier de la culture kurde.
Devant cet état des lieux catastrophique, l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse, qui garantissent les entreprises occidentales devant construire le barrage, viennent d’envoyer un dernier avertissement à la Turquie avant de décider de leur retrait du projet. Malgré ce nouvel avertissement extrêmement clair, la Société Générale est toujours impliquée dans le projet en tant que chef de file du financement export.
Pour en savoir plus :
Site d'associations kurdes sur l’implication de la Société Générale dans le projet :www.sauvezhasankeyf.org/
Déclaration de Berne : www.evb.ch/fr/f25000077.html
Réseau BankTrack (en anglais) :
www.banktrack.org/site2008/show/dodgydeals/ilisu_dam_project
50 000 personnes déplacées de force pour le Barrage de Merowe (Soudan)
Le barrage de Merowe, au Soudan, est en construction sur le Nil. Le réservoir du barrage, de 174 km de long, déplacera de force plus de 50 000 personnes. Les populations locales refusent de quitter leurs terres, situées dans la fertile vallée du Nil, car elles seront "relogées" dans des zones désertiques. Les impacts sociaux et environnementaux du projet n'ont jamais été analysés adéquatement.
Le gouvernement soudanais harcèle les populations locales qui refusent de quitter leurs terres. En avril 2006, l'armée est intervenue et a abattu aux moins trois personnes. Le gouvernement a volontairement fermé les portes du barrage durant la saison des pluies en 2006-2007, pour faire monter les eaux et forcer les habitants à fuir. Ces derniers ont tenté de résister en construisant des digues en sacs de sable pour sauver leurs bâtiments publics (écoles, hôpital et bureaux du Conseil municipal) ; une aide a commencé à être organisée. Mais le gouvernement a réagi en interdisant l'accès de la région à l'aide et aux journalistes.
En août 2007, le rapporteur spécial des Nations Unies sur le logement décent a publiquement redouté des évictions forcées à grande échelle et a appelé publiquement les entreprises impliquées dans le projet (Alstom, Lahmeyer et Harbin) à stopper leurs activités jusqu'à ce qu'une étude indépendante sur les impacts humains du barrage soit effectuée. En février 2008, un autre rapporteur des Nations Unies s'est vu interdire l'accès de la zone par le gouvernement.
Alstom fournit les turbines hydroélectriques du barrage, c'est à dire le cœur industriel du projet. Avertie puis sollicitée à plusieurs reprises par des ONG internationales, l'entreprise n'a jamais jugé utile d'arrêter ses travaux dans le projet, se faisant ainsi, en connaissance de cause, complice des violations massives des droits humains générées par le gouvernement soudanais dans la construction du barrage.
Pour en savoir plus :
Business and Human Rights :
www.business-humanrights.org/Documents/KothariMerowedamAug2007
International Rivers :
Le torchage du gaz se poursuit au Nigeria, au mépris de l'environnement
Au Nigeria, un des premiers pays de production pour Total (première entreprise française), le groupe pratique depuis 1962 le torchage du gaz extrait des puits de pétrole exploités dans le delta du Niger. Le torchage consiste à brûler le gaz sur place sans le valoriser, à cause du manque de rentabilité et d'investissement. La pratique, extrêmement polluante, a été interdite par le Nigeria en 1984 où elle est qualifiée de « monstruosité humaine, écologique et économique » par une association locale.
Ses impacts sanitaires et écologiques sont en effet catastrophiques : selon des estimations, les émissions de gaz toxiques associées au torchage entraînent chaque année des dizaines de milliers de cas de cancers, de morts prématurées, de maladies respiratoires ou d'autres maladies chroniques dans le Delta du Niger.
Sur le plan environnemental, les pluies acides résultantes du torchage entraînent directement une destruction de l'environnement et des écosystèmes de la région, rendant très difficile le maintien de l'activité agricole. Au niveau global, le torchage est un véritable fléau climatique (en pure perte), qui entraîne tous les ans l'émission de dizaines de millions de tonnes de gaz à effet de serre, dont du méthane à fort pouvoir réchauffant.
La contribution de Total au torchage au Nigeria est très lourde, en tant que gros producteur pétrolier du pays. Alors que le torchage est illégal au Nigeria depuis 1984, ce qu'a confirmé en 2006 la plus haute cour de justice du pays dans un procès condamnant Total et plusieurs autres pétroliers, le mastodonte français n'a toujours pas prévu d'arrêter cette pratique.
Pour en savoir plus :
The Climate Justice Programme / Environmental Rights Action : http://www.eraction.org/index.php?option=com_content&task=view&id=69&Itemid=29
Les Amis de la Terre, rapport Total, la mise en examen : http://www.amisdelaterre.org/Rapport-Total-la-mise-en-examen.html
Tricastin : attention, site à très haut risque !
Le Tricastin est un des sites de production nucléaire d'AREVA, situé sur le Rhône à une soixantaine de kilomètres au nord d'Avignon. Dans la nuit du 7 au 8 juillet 2008, des opérations de maintenance ont conduit au rejet dans les cours d'eaux avoisinants de 75 kilos d'uranium hautement radioactif, pulvérisant les seuils maximum légaux de radioactivité avec des taux de plus de 300 000 Becquerels par litre au lieu de 50 Bq/l.
Les autorités préfectorales de la Drôme ont été contraintes de décréter immédiatement l'interdiction de pêche, d'irrigation, de baignade et de consommation d'eau pour les communes avoisinantes. AREVA n'a annoncé la fuite à l'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) que plus de huit heures après les faits, ce qui a déclenché la colère des populations avoisinantes. De plus, des prélèvements effectués dans la nappe phréatique locale durant les jours suivants ont permis d'y déceler des taux de radioactivité qui ne « peuvent être expliqués par le rejet accidentel », d'après l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, pour qui « on ne peut exclure qu'il y ait eu des rejets antérieurs ».
Suite à cette pollution, le groupe AREVA n'a pu qu'admettre sa responsabilité, admettant un défaut d'étanchéité d'une cuve. L'ASN, quant à elle, a conclu à une « série de dysfonctionnements et de négligences humaines ». Dans les semaines et mois suivants le site du Tricastin a été marqué par d'autres problèmes graves, dont la contamination radioactive de 100 employés suite à la rupture d'une canalisation fin juillet, et un important problème de manipulation de barres d'uranium, restées collées au bouchon de la cuve réacteur, en septembre.
Cette multiplication de problèmes, aux conséquences potentiellement catastrophiques, met en évidence les risques posés par le site nucléaire du Tricastin, et le manque de transparence de la société AREVA. A l'heure où cette dernière tente de se donner une image positive auprès des citoyens en mettant à profit le réchauffement climatique, elle rappelle que l'énergie nucléaire est extrêmement dangereuse sur le plan environnemental et sanitaire.
Pour en savoir plus :
CRIIRAD :
http://www.criirad.org/actualites/dossiers-08/tricastin-juil08/socatri/som-socatri.html
Sortir du nucléaire :
Financer une centrale nucléaire russe en zone sismique : le cas Belene (Bulgarie)
Belene est un projet de centrale nucléaire en Bulgarie, dont le financement est coordonné par BNP Paribas. Ce projet a débuté dès les années 80 avant d’être abandonné dans les années 90 en raison de ses risques environnementaux, techniques et économiques.
Le principal risque de ce projet réside dans son emplacement, situé en pleine zone sismique. Un tremblement de terre a frappé la région à seulement 12 kilomètres de là en 1977, faisant plus de 120 morts. Plusieurs séismes d’intensité supérieure à 4 sur l’échelle de Richter ont à nouveau eu lieu début 2008, dont un a été ressenti dans la ville même de Belene.
Ce risque est d’autant plus prégnant que la technologie russe retenue pour le projet est obsolète et que la Bulgarie manque cruellement d’expérience industrielle pour ce type de réacteur. La technologie retenue serait interdite en France pour des raisons de sécurité. Le gouvernement bulgare l’avait lui-même jugé « techniquement inadéquat et économiquement non viable ». Le coût du projet vient d’ailleurs d’exploser, passant de 4 à 7 milliards d’euros, sans compter les coûts liés au traitement des déchets radioactifs pour lequel la Bulgarie n’a aucun plan. Enfin, l’étude d’impact environnemental du projet est actuellement devant les tribunaux, suite à une plainte portant notamment sur le fait qu'elle n'a pas pris en compte les accidents lourds, les attentats terroristes et les déchets nucléaires.
Malgré tous ces risques, BNP Paribas a accepté d’octroyer un prêt de 250 millions d’euros à la compagnie nationale d’électricité bulgare NEK, qui s’apprête à en utiliser la majeure partie pour démarrer les travaux de construction de la centrale. Lors d'une rencontre avec des ONG en 2007, le Directeur général du groupe, Baudouin Prot, s'était engagé à ne plus s'impliquer dans le projet. Pourtant, BNP Paribas a accepté depuis d'organiser et de coordonner le financement de cette centrale nucléaire obsolète et dangereuse.
Pour en savoir plus :
Coalition No Belene ! :
http://www.bluelink.net/belene/index-en.shtml
Réseau BankTrack (en anglais) :
http://www.banktrack.org/site2008/show/dodgydeals/belene_nuclear_power_plant
Botnia, une usine de pâte à papier polluante qui cause de graves conflits diplomatiques
L’usine de pâte à papier de Botnia (entreprise finlandaise) est située à Fray Bentos (Uruguay), sur les rives du fleuve entre l’Uruguay et l’Argentine. Plus de 300 000 personnes habitent dans la zone d’influence de l’usine, qui est l'une des plus importantes du monde, avec une production de 1 million de tonnes par an de pulpe d’eucapyptus. Utilisant la technologie ECF, critiquée pour son utilisation du chlore (très polluant) dans le processus de blanchissement du papier, l'usine Botnia produit des dioxines très toxiques. Sa situation en zone très touristique de grande valeur et à une dizaine de kilomètres de Esteros de Farrapos, une zone humide classée d’importance mondiale par la convention internationale de Ramsar aggravent encore davantage ses impacts. Les études d'impact environnemental et social du projet comportent de grosses lacunes et violent les normes internationales en vigueur.
Du fait de ses risques, l'usine a fait l'objet d'au moins 14 plaintes, notamment deux plaintes entre les Etats d'Argentine et d'Uruguay auprès de la plus haute instance juridique internationale (la Cour Internationale de Justice) qui ont dégénéré en une grave crise diplomatique. L'usine a également cristallisé une opposition hors du commun des populations locales, surtout de la ville argentine de Gualeguaychu. Depuis quatre ans se déroulent chaque année des marches de 50 000 à 120 000 personnes contre la construction de l'usine, qui s'est pourtant poursuivi. Un des rares ponts reliant l'Argentine à l'Uruguay est d'ailleurs fermé depuis plusieurs années.
Ces tensions ont conduit le banquier néerlandais ING à se retirer du projet alors qu'il en était un des financeurs principaux (480 millions d'euros sur un total de 1,2 milliards). C'est le Crédit Agricole, via sa filiale internationale Calyon, qui a pris la relève malgré l'opposition des populations locales et d'ONG internationales. Calyon n'a pas pris en compte les craintes des populations et leur opposition massive, les tensions diplomatiques graves générées par le projet et a systématiquement refusé de publier ses propres analyses du projet et de ses risques.
Pour en savoir plus :
Banktrack :
www.banktrack.org/site2008/show/dodgydeals/botnia_pulp_and paper_mill

« Pour sauver la mozarella, soutenons l'incinération ! »
Le groupe CNIM est un des principaux lobbies pro-incinération en France. Dans le secteur des déchets il ne fait quasiment que de l'incinération (construction et exploitation des incinérateurs, traitement des fumées), contrairement à d'autres groupes qui sont « multi-activités ».
La CNIM a agi par l'intermédiaire de l'ESWET (European Suppliers of Waste to Energy Technology), syndicat européen de constructeurs d'incinérateurs dont l'entreprise est membre.
Profitant de la catastrophe sanitaire liée à la crise des déchets à Naples depuis quelques années, elle a participé à une campagne de communication suivant la logique suivante : la pollution massive à la dioxine en Campanie est la conséquence du fait que les déchets ont été mis en décharge, et n'aurait pas eu lieu si un incinérateur avait été utilisé. Conclusion de CNIM : « Pour sauver la mozzarella, soutenons l'incinération ! ». La CNIM omet seulement de mentionner que l'incinération est une des principales sources d'émission de dioxines.
La CNIM a distribué son flyer à l'entrée du Parlement européen le jour du vote de la directive-cadre sur les déchets. Elle s'adresse donc aux députés lorsqu'elle écrit : « Save the mozzarella, support waste to energy », waste to energy étant la formule anglaise « fleurie » pour désigner l'incinération.
Pour en savoir plus :
CNIID :
www.cniid.org/espace_mailing/lettre_cniid_toxics_20080709.html

« Nos énergies ont de l'avenir. Un avenir sans CO2 »
La société AREVA, un des leaders mondiaux du nucléaire, énonce dans son rapport développement durable 2007 le slogan « Nos énergies ont de l’avenir. Un avenir sans CO2 », entretenant ainsi l’idée selon laquelle le nucléaire serait la solution pour lutter contre les changements climatiques.
On apprend pourtant dans le même rapport que les émissions d’AREVA ont été équivalentes en 2007 à 991 kilotonnes équivalent CO2 pour les émissions directes uniquement, auxquelles il convient de rajouter les émissions liées à l'ensemble de la filière nucléaire (extraction, transport et traitement du minerai, puis traitement à très long terme des déchets radioactifs). Selon certains calculs, le bilan carbone final d'un kilowatt d'origine nucléaire peut atteindre le tiers de celui d'un kilowatt produit dans une centrale au gaz.
L'Agence Internationale de l'Energie n'attribue qu'un bénéfice de 6 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre au développement potentiel de la filière nucléaire à l'horizon 2050, contre 54 % pour les économies d'énergies. Elle souligne que les économies d'énergies sont les solutions les plus rapidement mobilisables et les moins coûteuses. L'avenir de la filière nucléaire et son utilité pour combattre les changements climatiques sont donc très loin de faire l'unanimité.
Pour en savoir plus :
Global Chance :
"Total contribue à l'essor des énergies nouvelles".
Total a lancé en 2008 sa quatrième campagne de communication institutionnelle mondiale, sur le thème de la corrélation entre besoins énergétiques et préservation du climat. Parmi les différents visuels, l'un deux, sous-titré "Connexion directe", affirme que pour "préparer l'avenir, Total contribue à l'essor des énergies nouvelles", et qu' "une des priorités" du groupe est le "développement de l'énergie solaire". Pour tenter d'en convaincre le lecteur, l'argumentaire précise que le groupe "investira 45 millions d'euros d'ici 2009" pour augmenter la capacité d'une de ses filiales de production de cellules solaires photovoltaïques.
Il convient de rapporter ce montant aux investissements du groupe. Ces derniers s'élèveront en 2008 à plus de 12 milliards d'euros, dont environ 75 % dans l'exploration et la production pétrolière. Les investissements solaires du groupe représenteront ainsi 0,38 % de ses investissements totaux en 2008. Dans les prochaines années, le groupe a par contre prévu d'investir plusieurs milliards de dollars par an dans les sables bitumineux au Canada, qui sont une véritable catastrophe écologique et climatique. En termes de production d'énergie, Total a réalisé l'équivalent de 0,006 % de sa production énergétique (d'origine presque exclusivement fossile) à partir du solaire en 2007, tandis que son chiffre d'affaires dans ce dernier secteur pouvait être évalué à environ 98 millions d'euros, soit 0,06 % du chiffre d'affaires total la même année.
Une des règles de l'Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ex-BVP) stipule qu'une publicité ne doit pas "tromper le public sur la réalité des actions de l'annonceur en faveur du développement durable". Le lecteur de cette publicité est en droit de s'interroger sur la "réalité" des efforts de Total en faveur de l'énergie solaire, au regard de ses investissements colossaux dans les énergies fossiles. Alors que le groupe est un des leaders du secteur de l'énergie et une des quinze premières entreprises mondiales, il ne pèse rien dans le marché mondial du solaire, qui se développe de 30 % par an depuis quinze ans.
Pour en savoir plus :
L'Alliance pour la planète :
www.lalliance.fr/45-Publicite-et-Environnement
Rapport des Amis de la Terre Total, la mise en examen :
www.amisdelaterre.org/Rapport-Total-la-mise-en-examen.html

« Himalaya »
Suivant l'effet de mode du 4x4 urbain, Renault a commercialisé en 2008 son premier 4X4, le Koléos. La sortie de ce produit a été accompagnée d'une importante campagne publicitaire : TV, journaux, Internet, etc.
La publicité incriminée est un spot TV intitulé « Himalaya » axé sur les capacités de franchissement du véhicule en milieu naturel dit « hostile » et mettant en situation des alpinistes chevronnés, au milieu d’une tempête de neige. Ils retrouvent, surpris, au sommet du plus haut massif montagneux du monde un Koléos avec à l’intérieur, une famille à l’abri et confortablement installée. Le spot donne par ailleurs le sentiment que le 4X4 est synonyme de véhicule pouvant s'associer à la nature, ou pouvant s’en accommoder facilement.
Alors que les conséquences du réchauffement climatique ne sont plus contestées, Renault utilise comme cadre scénographique dans sa publicité l’Himalaya et ses glaciers... les mêmes glaciers qui sont en train de fondre sous l'effet du dérèglement climatique, dû notamment aux rejets importants de CO2 du secteur des transports en général et de l’automobile en particulier. L'organe scientifique des Nations unies, le GIEC, estime que si le rythme actuel d'émissions de gaz à effet de serre se poursuit, la possibilité que les glaciers aient disparu en 2035 est très élevée. C’est tout un bassin hydrographique (la chaîne de montagnes géante de l'Himalaya) où vivent 1,3 milliards d’habitants qui serait ainsi complètement déstabilisé.
Les 4X4 sont les véhicules particuliers mis sur le marché qui émettent le plus de CO2 : 210 g de CO2/km en moyenne (contre 148g pour les berlines), d’après les chiffres de l’Ademe (2008). Le Koléos quant à lui rejette 231g/CO2 par kilomètre parcouru ! C'est plus de deux fois plus que les véhicules particuliers les moins émetteurs, pour un usage réel sensiblement équivalent.
Pour en savoir plus :
Voir le spot « Himalaya » :
http://www.dailymotion.com/relevance/search/koleos/video/x5lq0k_pub-renault-koleos-himalaya_auto
Agir pour l’environnement et Réseau Action Climat France : www.koleos.tv
Privatisation de la gestion de l'eau : des promesses non tenues en Argentine
Le groupe Suez (alors Lyonnaise des Eaux-Dumez) a obtenu en 1997 pour une durée de 30 ans le marché public de l'eau de Cordoba, seconde plus grande ville d'Argentine. Ce contrat concernait la potabilisation et la distribution de l'eau pour les 1,4 million d'habitants de la ville, mais non le réseau d'évacuation, jugé non rentable du fait de son mauvais état et laissé à la charge de la municipalité.
Le groupe Suez s'engageait à investir 150 millions de dollars dans les deux premières années de la concession pour améliorer les infrastructures, dont 40 millions prêtés par la Banque européenne d'investissement (BEI) sur garantie de l'Etat argentin, à'améliorer le taux d'accessibilité à l'eau des habitants de Cordoba jusqu'à 97 % d'ici à 2026, à réduire le coût d'accès à l'eau et à améliorer sa qualité pour les usagers, et à payer à l'Etat argentin une redevance annuelle pour l'extraction et la conduite de l'eau depuis les sources jusqu'aux usines de traitement.
11 ans plus tard, Suez n'a pas investi les sommes promises, tandis que les 40 millions de dollars prêtés par la BEI n'ont en réalité bénéficié qu'aux autorités de l'Etat de Cordoba. En 2003, le groupe a même demandé à l'Etat argentin un supplément de 108 millions de dollars, invoquant les pertes subies du fait de la dévaluation du dollar après la crise de 2001. La gestion de l'eau est caractérisée par son manque de transparence et des pratiques de corruption ; le service responsable dirigé par Suez, considéré comme un monopole étranger, n'accepte pas le contrôle de l'Etat argentin ou des usagers. Les bénéfices n'ont pas été réinvestis dans l'amélioration du service bien que le groupe augmente régulièrement ses tarifs (dont une tentative d'augmentation de 500 % en 2005). Environ 400 000 usagers restent aujourd'hui sans accès à l'eau et la qualité de cette dernière reste mauvaise, notamment dans la zone sud de la ville où elle est chargée en produits agrochimiques. Le nombre d'emplois liés, souvent précaires du fait du recours à des sous-traitants, est passé de 1300 à 436 depuis 1999. Les sommes dûes aux collectivités locales n'ont pas non plus été payées comme prévu.
Suite à la très vive opposition de la part de la population et des autorités locales, Suez a perdu le rôle d'opérateur à Cordoba, qui a été transféré en novembre 2008 à la société argentine Roggio (par ailleurs associée de Suez dans d'autres activités de services urbains). Suez reste toutefois partenaire de ce projet, en conservant 10 % du capital de la société gestionnaire Aguas Cordobesas.
Pour en savoir plus :
Fondation France Libertés :
http://www.france-libertes.fr/article.php3?id_article=456&var_recherche=cordoba
Food&Water Watch :
Esclavage et exploitation autour de la production d'éthanol au Brésil
Dans l'Etat du Mata Grosso do Sul, au Sud-ouest du Brésil, 13 000 indigènes, pour la plupart Guarani, travaillent dans les plantations de canne à sucre et dans les usines de transformation d'éthanol. Accidents du travail, salaires impayés, dortoirs insalubres, mauvaise alimentation : pour les autorités-mêmes (inspections du Ministère du travail et de l'emploi), ces conditions de travail sont proches de l'esclavage et constituent des violations persistantes des droits des travailleurs.
Les Guarani paient ainsi un tribut extrêmement lourd à l'industrie de l'éthanol, agrocarburant très rentable au Brésil pour les firmes qui le produisent. Mais la réglementation du travail qui a été mise en place au Brésil, pourtant minimale et mal appliquée, pousse les entreprises à franchir une nouvelle étape : mécaniser la production pour se débarrasser de la main d'oeuvre, et accroître encore les bénéfices de cette industrie.
Le groupe français Louis Dreyfus est le deuxième plus gros producteur d'agroéthanol et de sucre du Brésil. Il a acheté en 2007 des usines dans le Mato Grosso do Sul et décidé d'installer un nouveau complexe sucre-éthanol, inauguré en août 2008. La multinationale française prévoit que toutes les activités de récolte de la canne seront entièrement automatisées. Au total, ce sont 10 à 12 000 emplois qui seront supprimés (Louis Dreyfus est le premier employeur du Mata Grosso do Sul).
Après les avoir exploités dans des conditions intolérables, Louis Dreyfus prévoit donc d'abandonner brutalement les Guarani à leur sort. Des campagnes d'organisations brésiliennes et internationales lui demandent d'indemniser les travailleurs et de mettre en place des programmes de formation et de reconversion. Louis Dreyfus ne peut ignorer les conséquences économiques et sociales qu'aura la mécanisation à outrance sur les populations Guarani.
Pour en savoir plus :
Peuples Solidaires :
Un patrimoine historique et 78 000 Kurdes menacés par le barrage d'Ilisu (Turquie)
Ilisu est un projet de barrage géant en Turquie, dont la construction est financée notamment par la Société Générale. Il est situé en Anatolie du Sud-est, en zone kurde. Ce projet a déjà été planifié et abandonné du fait de ses impacts sociaux, environnementaux, politiques et culturels majeurs.
Le principal impact du projet réside dans le déplacement des populations, nécessaire à la mise en eau du barrage. Jusqu’à 78 000 personnes, principalement d'origine kurde, sont concernées par ces déplacements, ce qui fait de ce projet de barrage le plus important en Europe, dans une région de conflit historique entre les Turcs et la minorité kurde. La Turquie s’est engagée en 2007 à respecter 153 conditions concernant ces relocalisations ainsi que la sauvegarde du patrimoine historique de Hasankeyf, une ville vieille de 10 000 ans et riche de nombreuses civilisations.
Un an plus tard, les rapports d’experts indépendants sont sans appel : la Turquie viole massivement ces conditions et ne semble pas disposée à améliorer ses pratiques. Le plan de réinstallation des populations est au point mort alors que les travaux ont déjà commencé ; aucun site de relocalisation n’a été identifié et les premiers dédommagements financiers se sont révélés totalement insuffisants. De même, aucun recensement du patrimoine culturel de la région n’a débuté, mettant en péril un pan entier de la culture kurde.
Devant cet état des lieux catastrophique, l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse, qui garantissent les entreprises occidentales devant construire le barrage, viennent d’envoyer un dernier avertissement à la Turquie avant de décider de leur retrait du projet. Malgré ce nouvel avertissement extrêmement clair, la Société Générale est toujours impliquée dans le projet en tant que chef de file du financement export.
Pour en savoir plus :
Site d'associations kurdes sur l’implication de la Société Générale dans le projet :www.sauvezhasankeyf.org/
Déclaration de Berne : www.evb.ch/fr/f25000077.html
Réseau BankTrack (en anglais) :
www.banktrack.org/site2008/show/dodgydeals/ilisu_dam_project
50 000 personnes déplacées de force pour le Barrage de Merowe (Soudan)
Le barrage de Merowe, au Soudan, est en construction sur le Nil. Le réservoir du barrage, de 174 km de long, déplacera de force plus de 50 000 personnes. Les populations locales refusent de quitter leurs terres, situées dans la fertile vallée du Nil, car elles seront "relogées" dans des zones désertiques. Les impacts sociaux et environnementaux du projet n'ont jamais été analysés adéquatement.
Le gouvernement soudanais harcèle les populations locales qui refusent de quitter leurs terres. En avril 2006, l'armée est intervenue et a abattu aux moins trois personnes. Le gouvernement a volontairement fermé les portes du barrage durant la saison des pluies en 2006-2007, pour faire monter les eaux et forcer les habitants à fuir. Ces derniers ont tenté de résister en construisant des digues en sacs de sable pour sauver leurs bâtiments publics (écoles, hôpital et bureaux du Conseil municipal) ; une aide a commencé à être organisée. Mais le gouvernement a réagi en interdisant l'accès de la région à l'aide et aux journalistes.
En août 2007, le rapporteur spécial des Nations Unies sur le logement décent a publiquement redouté des évictions forcées à grande échelle et a appelé publiquement les entreprises impliquées dans le projet (Alstom, Lahmeyer et Harbin) à stopper leurs activités jusqu'à ce qu'une étude indépendante sur les impacts humains du barrage soit effectuée. En février 2008, un autre rapporteur des Nations Unies s'est vu interdire l'accès de la zone par le gouvernement.
Alstom fournit les turbines hydroélectriques du barrage, c'est à dire le cœur industriel du projet. Avertie puis sollicitée à plusieurs reprises par des ONG internationales, l'entreprise n'a jamais jugé utile d'arrêter ses travaux dans le projet, se faisant ainsi, en connaissance de cause, complice des violations massives des droits humains générées par le gouvernement soudanais dans la construction du barrage.
Pour en savoir plus :
Business and Human Rights :
www.business-humanrights.org/Documents/KothariMerowedamAug2007
International Rivers :
Le torchage du gaz se poursuit au Nigeria, au mépris de l'environnement
Au Nigeria, un des premiers pays de production pour Total (première entreprise française), le groupe pratique depuis 1962 le torchage du gaz extrait des puits de pétrole exploités dans le delta du Niger. Le torchage consiste à brûler le gaz sur place sans le valoriser, à cause du manque de rentabilité et d'investissement. La pratique, extrêmement polluante, a été interdite par le Nigeria en 1984 où elle est qualifiée de « monstruosité humaine, écologique et économique » par une association locale.
Ses impacts sanitaires et écologiques sont en effet catastrophiques : selon des estimations, les émissions de gaz toxiques associées au torchage entraînent chaque année des dizaines de milliers de cas de cancers, de morts prématurées, de maladies respiratoires ou d'autres maladies chroniques dans le Delta du Niger.
Sur le plan environnemental, les pluies acides résultantes du torchage entraînent directement une destruction de l'environnement et des écosystèmes de la région, rendant très difficile le maintien de l'activité agricole. Au niveau global, le torchage est un véritable fléau climatique (en pure perte), qui entraîne tous les ans l'émission de dizaines de millions de tonnes de gaz à effet de serre, dont du méthane à fort pouvoir réchauffant.
La contribution de Total au torchage au Nigeria est très lourde, en tant que gros producteur pétrolier du pays. Alors que le torchage est illégal au Nigeria depuis 1984, ce qu'a confirmé en 2006 la plus haute cour de justice du pays dans un procès condamnant Total et plusieurs autres pétroliers, le mastodonte français n'a toujours pas prévu d'arrêter cette pratique.
Pour en savoir plus :
The Climate Justice Programme / Environmental Rights Action : http://www.eraction.org/index.php?option=com_content&task=view&id=69&Itemid=29
Les Amis de la Terre, rapport Total, la mise en examen : http://www.amisdelaterre.org/Rapport-Total-la-mise-en-examen.html
Tricastin : attention, site à très haut risque !
Le Tricastin est un des sites de production nucléaire d'AREVA, situé sur le Rhône à une soixantaine de kilomètres au nord d'Avignon. Dans la nuit du 7 au 8 juillet 2008, des opérations de maintenance ont conduit au rejet dans les cours d'eaux avoisinants de 75 kilos d'uranium hautement radioactif, pulvérisant les seuils maximum légaux de radioactivité avec des taux de plus de 300 000 Becquerels par litre au lieu de 50 Bq/l.
Les autorités préfectorales de la Drôme ont été contraintes de décréter immédiatement l'interdiction de pêche, d'irrigation, de baignade et de consommation d'eau pour les communes avoisinantes. AREVA n'a annoncé la fuite à l'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) que plus de huit heures après les faits, ce qui a déclenché la colère des populations avoisinantes. De plus, des prélèvements effectués dans la nappe phréatique locale durant les jours suivants ont permis d'y déceler des taux de radioactivité qui ne « peuvent être expliqués par le rejet accidentel », d'après l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, pour qui « on ne peut exclure qu'il y ait eu des rejets antérieurs ».
Suite à cette pollution, le groupe AREVA n'a pu qu'admettre sa responsabilité, admettant un défaut d'étanchéité d'une cuve. L'ASN, quant à elle, a conclu à une « série de dysfonctionnements et de négligences humaines ». Dans les semaines et mois suivants le site du Tricastin a été marqué par d'autres problèmes graves, dont la contamination radioactive de 100 employés suite à la rupture d'une canalisation fin juillet, et un important problème de manipulation de barres d'uranium, restées collées au bouchon de la cuve réacteur, en septembre.
Cette multiplication de problèmes, aux conséquences potentiellement catastrophiques, met en évidence les risques posés par le site nucléaire du Tricastin, et le manque de transparence de la société AREVA. A l'heure où cette dernière tente de se donner une image positive auprès des citoyens en mettant à profit le réchauffement climatique, elle rappelle que l'énergie nucléaire est extrêmement dangereuse sur le plan environnemental et sanitaire.
Pour en savoir plus :
CRIIRAD :
http://www.criirad.org/actualites/dossiers-08/tricastin-juil08/socatri/som-socatri.html
Sortir du nucléaire :
Financer une centrale nucléaire russe en zone sismique : le cas Belene (Bulgarie)
Belene est un projet de centrale nucléaire en Bulgarie, dont le financement est coordonné par BNP Paribas. Ce projet a débuté dès les années 80 avant d’être abandonné dans les années 90 en raison de ses risques environnementaux, techniques et économiques.
Le principal risque de ce projet réside dans son emplacement, situé en pleine zone sismique. Un tremblement de terre a frappé la région à seulement 12 kilomètres de là en 1977, faisant plus de 120 morts. Plusieurs séismes d’intensité supérieure à 4 sur l’échelle de Richter ont à nouveau eu lieu début 2008, dont un a été ressenti dans la ville même de Belene.
Ce risque est d’autant plus prégnant que la technologie russe retenue pour le projet est obsolète et que la Bulgarie manque cruellement d’expérience industrielle pour ce type de réacteur. La technologie retenue serait interdite en France pour des raisons de sécurité. Le gouvernement bulgare l’avait lui-même jugé « techniquement inadéquat et économiquement non viable ». Le coût du projet vient d’ailleurs d’exploser, passant de 4 à 7 milliards d’euros, sans compter les coûts liés au traitement des déchets radioactifs pour lequel la Bulgarie n’a aucun plan. Enfin, l’étude d’impact environnemental du projet est actuellement devant les tribunaux, suite à une plainte portant notamment sur le fait qu'elle n'a pas pris en compte les accidents lourds, les attentats terroristes et les déchets nucléaires.
Malgré tous ces risques, BNP Paribas a accepté d’octroyer un prêt de 250 millions d’euros à la compagnie nationale d’électricité bulgare NEK, qui s’apprête à en utiliser la majeure partie pour démarrer les travaux de construction de la centrale. Lors d'une rencontre avec des ONG en 2007, le Directeur général du groupe, Baudouin Prot, s'était engagé à ne plus s'impliquer dans le projet. Pourtant, BNP Paribas a accepté depuis d'organiser et de coordonner le financement de cette centrale nucléaire obsolète et dangereuse.
Pour en savoir plus :
Coalition No Belene ! :
http://www.bluelink.net/belene/index-en.shtml
Réseau BankTrack (en anglais) :
http://www.banktrack.org/site2008/show/dodgydeals/belene_nuclear_power_plant
Botnia, une usine de pâte à papier polluante qui cause de graves conflits diplomatiques
L’usine de pâte à papier de Botnia (entreprise finlandaise) est située à Fray Bentos (Uruguay), sur les rives du fleuve entre l’Uruguay et l’Argentine. Plus de 300 000 personnes habitent dans la zone d’influence de l’usine, qui est l'une des plus importantes du monde, avec une production de 1 million de tonnes par an de pulpe d’eucapyptus. Utilisant la technologie ECF, critiquée pour son utilisation du chlore (très polluant) dans le processus de blanchissement du papier, l'usine Botnia produit des dioxines très toxiques. Sa situation en zone très touristique de grande valeur et à une dizaine de kilomètres de Esteros de Farrapos, une zone humide classée d’importance mondiale par la convention internationale de Ramsar aggravent encore davantage ses impacts. Les études d'impact environnemental et social du projet comportent de grosses lacunes et violent les normes internationales en vigueur.
Du fait de ses risques, l'usine a fait l'objet d'au moins 14 plaintes, notamment deux plaintes entre les Etats d'Argentine et d'Uruguay auprès de la plus haute instance juridique internationale (la Cour Internationale de Justice) qui ont dégénéré en une grave crise diplomatique. L'usine a également cristallisé une opposition hors du commun des populations locales, surtout de la ville argentine de Gualeguaychu. Depuis quatre ans se déroulent chaque année des marches de 50 000 à 120 000 personnes contre la construction de l'usine, qui s'est pourtant poursuivi. Un des rares ponts reliant l'Argentine à l'Uruguay est d'ailleurs fermé depuis plusieurs années.
Ces tensions ont conduit le banquier néerlandais ING à se retirer du projet alors qu'il en était un des financeurs principaux (480 millions d'euros sur un total de 1,2 milliards). C'est le Crédit Agricole, via sa filiale internationale Calyon, qui a pris la relève malgré l'opposition des populations locales et d'ONG internationales. Calyon n'a pas pris en compte les craintes des populations et leur opposition massive, les tensions diplomatiques graves générées par le projet et a systématiquement refusé de publier ses propres analyses du projet et de ses risques.
Pour en savoir plus :
Banktrack :
www.banktrack.org/site2008/show/dodgydeals/botnia_pulp_and paper_mill

« Pour sauver la mozarella, soutenons l'incinération ! »
Le groupe CNIM est un des principaux lobbies pro-incinération en France. Dans le secteur des déchets il ne fait quasiment que de l'incinération (construction et exploitation des incinérateurs, traitement des fumées), contrairement à d'autres groupes qui sont « multi-activités ».
La CNIM a agi par l'intermédiaire de l'ESWET (European Suppliers of Waste to Energy Technology), syndicat européen de constructeurs d'incinérateurs dont l'entreprise est membre.
Profitant de la catastrophe sanitaire liée à la crise des déchets à Naples depuis quelques années, elle a participé à une campagne de communication suivant la logique suivante : la pollution massive à la dioxine en Campanie est la conséquence du fait que les déchets ont été mis en décharge, et n'aurait pas eu lieu si un incinérateur avait été utilisé. Conclusion de CNIM : « Pour sauver la mozzarella, soutenons l'incinération ! ». La CNIM omet seulement de mentionner que l'incinération est une des principales sources d'émission de dioxines.
La CNIM a distribué son flyer à l'entrée du Parlement européen le jour du vote de la directive-cadre sur les déchets. Elle s'adresse donc aux députés lorsqu'elle écrit : « Save the mozzarella, support waste to energy », waste to energy étant la formule anglaise « fleurie » pour désigner l'incinération.
Pour en savoir plus :
CNIID :
www.cniid.org/espace_mailing/lettre_cniid_toxics_20080709.html

« Nos énergies ont de l'avenir. Un avenir sans CO2 »
La société AREVA, un des leaders mondiaux du nucléaire, énonce dans son rapport développement durable 2007 le slogan « Nos énergies ont de l’avenir. Un avenir sans CO2 », entretenant ainsi l’idée selon laquelle le nucléaire serait la solution pour lutter contre les changements climatiques.
On apprend pourtant dans le même rapport que les émissions d’AREVA ont été équivalentes en 2007 à 991 kilotonnes équivalent CO2 pour les émissions directes uniquement, auxquelles il convient de rajouter les émissions liées à l'ensemble de la filière nucléaire (extraction, transport et traitement du minerai, puis traitement à très long terme des déchets radioactifs). Selon certains calculs, le bilan carbone final d'un kilowatt d'origine nucléaire peut atteindre le tiers de celui d'un kilowatt produit dans une centrale au gaz.
L'Agence Internationale de l'Energie n'attribue qu'un bénéfice de 6 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre au développement potentiel de la filière nucléaire à l'horizon 2050, contre 54 % pour les économies d'énergies. Elle souligne que les économies d'énergies sont les solutions les plus rapidement mobilisables et les moins coûteuses. L'avenir de la filière nucléaire et son utilité pour combattre les changements climatiques sont donc très loin de faire l'unanimité.
Pour en savoir plus :
Global Chance :
"Total contribue à l'essor des énergies nouvelles".
Total a lancé en 2008 sa quatrième campagne de communication institutionnelle mondiale, sur le thème de la corrélation entre besoins énergétiques et préservation du climat. Parmi les différents visuels, l'un deux, sous-titré "Connexion directe", affirme que pour "préparer l'avenir, Total contribue à l'essor des énergies nouvelles", et qu' "une des priorités" du groupe est le "développement de l'énergie solaire". Pour tenter d'en convaincre le lecteur, l'argumentaire précise que le groupe "investira 45 millions d'euros d'ici 2009" pour augmenter la capacité d'une de ses filiales de production de cellules solaires photovoltaïques.
Il convient de rapporter ce montant aux investissements du groupe. Ces derniers s'élèveront en 2008 à plus de 12 milliards d'euros, dont environ 75 % dans l'exploration et la production pétrolière. Les investissements solaires du groupe représenteront ainsi 0,38 % de ses investissements totaux en 2008. Dans les prochaines années, le groupe a par contre prévu d'investir plusieurs milliards de dollars par an dans les sables bitumineux au Canada, qui sont une véritable catastrophe écologique et climatique. En termes de production d'énergie, Total a réalisé l'équivalent de 0,006 % de sa production énergétique (d'origine presque exclusivement fossile) à partir du solaire en 2007, tandis que son chiffre d'affaires dans ce dernier secteur pouvait être évalué à environ 98 millions d'euros, soit 0,06 % du chiffre d'affaires total la même année.
Une des règles de l'Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ex-BVP) stipule qu'une publicité ne doit pas "tromper le public sur la réalité des actions de l'annonceur en faveur du développement durable". Le lecteur de cette publicité est en droit de s'interroger sur la "réalité" des efforts de Total en faveur de l'énergie solaire, au regard de ses investissements colossaux dans les énergies fossiles. Alors que le groupe est un des leaders du secteur de l'énergie et une des quinze premières entreprises mondiales, il ne pèse rien dans le marché mondial du solaire, qui se développe de 30 % par an depuis quinze ans.
Pour en savoir plus :
L'Alliance pour la planète :
www.lalliance.fr/45-Publicite-et-Environnement
Rapport des Amis de la Terre Total, la mise en examen :
www.amisdelaterre.org/Rapport-Total-la-mise-en-examen.html

« Himalaya »
Suivant l'effet de mode du 4x4 urbain, Renault a commercialisé en 2008 son premier 4X4, le Koléos. La sortie de ce produit a été accompagnée d'une importante campagne publicitaire : TV, journaux, Internet, etc.
La publicité incriminée est un spot TV intitulé « Himalaya » axé sur les capacités de franchissement du véhicule en milieu naturel dit « hostile » et mettant en situation des alpinistes chevronnés, au milieu d’une tempête de neige. Ils retrouvent, surpris, au sommet du plus haut massif montagneux du monde un Koléos avec à l’intérieur, une famille à l’abri et confortablement installée. Le spot donne par ailleurs le sentiment que le 4X4 est synonyme de véhicule pouvant s'associer à la nature, ou pouvant s’en accommoder facilement.
Alors que les conséquences du réchauffement climatique ne sont plus contestées, Renault utilise comme cadre scénographique dans sa publicité l’Himalaya et ses glaciers... les mêmes glaciers qui sont en train de fondre sous l'effet du dérèglement climatique, dû notamment aux rejets importants de CO2 du secteur des transports en général et de l’automobile en particulier. L'organe scientifique des Nations unies, le GIEC, estime que si le rythme actuel d'émissions de gaz à effet de serre se poursuit, la possibilité que les glaciers aient disparu en 2035 est très élevée. C’est tout un bassin hydrographique (la chaîne de montagnes géante de l'Himalaya) où vivent 1,3 milliards d’habitants qui serait ainsi complètement déstabilisé.
Les 4X4 sont les véhicules particuliers mis sur le marché qui émettent le plus de CO2 : 210 g de CO2/km en moyenne (contre 148g pour les berlines), d’après les chiffres de l’Ademe (2008). Le Koléos quant à lui rejette 231g/CO2 par kilomètre parcouru ! C'est plus de deux fois plus que les véhicules particuliers les moins émetteurs, pour un usage réel sensiblement équivalent.
Pour en savoir plus :
Voir le spot « Himalaya » :
http://www.dailymotion.com/relevance/search/koleos/video/x5lq0k_pub-renault-koleos-himalaya_auto
Agir pour l’environnement et Réseau Action Climat France : www.koleos.tv
Privatisation de la gestion de l'eau : des promesses non tenues en Argentine
Le groupe Suez (alors Lyonnaise des Eaux-Dumez) a obtenu en 1997 pour une durée de 30 ans le marché public de l'eau de Cordoba, seconde plus grande ville d'Argentine. Ce contrat concernait la potabilisation et la distribution de l'eau pour les 1,4 million d'habitants de la ville, mais non le réseau d'évacuation, jugé non rentable du fait de son mauvais état et laissé à la charge de la municipalité.
Le groupe Suez s'engageait à investir 150 millions de dollars dans les deux premières années de la concession pour améliorer les infrastructures, dont 40 millions prêtés par la Banque européenne d'investissement (BEI) sur garantie de l'Etat argentin, à'améliorer le taux d'accessibilité à l'eau des habitants de Cordoba jusqu'à 97 % d'ici à 2026, à réduire le coût d'accès à l'eau et à améliorer sa qualité pour les usagers, et à payer à l'Etat argentin une redevance annuelle pour l'extraction et la conduite de l'eau depuis les sources jusqu'aux usines de traitement.
11 ans plus tard, Suez n'a pas investi les sommes promises, tandis que les 40 millions de dollars prêtés par la BEI n'ont en réalité bénéficié qu'aux autorités de l'Etat de Cordoba. En 2003, le groupe a même demandé à l'Etat argentin un supplément de 108 millions de dollars, invoquant les pertes subies du fait de la dévaluation du dollar après la crise de 2001. La gestion de l'eau est caractérisée par son manque de transparence et des pratiques de corruption ; le service responsable dirigé par Suez, considéré comme un monopole étranger, n'accepte pas le contrôle de l'Etat argentin ou des usagers. Les bénéfices n'ont pas été réinvestis dans l'amélioration du service bien que le groupe augmente régulièrement ses tarifs (dont une tentative d'augmentation de 500 % en 2005). Environ 400 000 usagers restent aujourd'hui sans accès à l'eau et la qualité de cette dernière reste mauvaise, notamment dans la zone sud de la ville où elle est chargée en produits agrochimiques. Le nombre d'emplois liés, souvent précaires du fait du recours à des sous-traitants, est passé de 1300 à 436 depuis 1999. Les sommes dûes aux collectivités locales n'ont pas non plus été payées comme prévu.
Suite à la très vive opposition de la part de la population et des autorités locales, Suez a perdu le rôle d'opérateur à Cordoba, qui a été transféré en novembre 2008 à la société argentine Roggio (par ailleurs associée de Suez dans d'autres activités de services urbains). Suez reste toutefois partenaire de ce projet, en conservant 10 % du capital de la société gestionnaire Aguas Cordobesas.
Pour en savoir plus :
Fondation France Libertés :
http://www.france-libertes.fr/article.php3?id_article=456&var_recherche=cordoba
Food&Water Watch :
Esclavage et exploitation autour de la production d'éthanol au Brésil
Dans l'Etat du Mata Grosso do Sul, au Sud-ouest du Brésil, 13 000 indigènes, pour la plupart Guarani, travaillent dans les plantations de canne à sucre et dans les usines de transformation d'éthanol. Accidents du travail, salaires impayés, dortoirs insalubres, mauvaise alimentation : pour les autorités-mêmes (inspections du Ministère du travail et de l'emploi), ces conditions de travail sont proches de l'esclavage et constituent des violations persistantes des droits des travailleurs.
Les Guarani paient ainsi un tribut extrêmement lourd à l'industrie de l'éthanol, agrocarburant très rentable au Brésil pour les firmes qui le produisent. Mais la réglementation du travail qui a été mise en place au Brésil, pourtant minimale et mal appliquée, pousse les entreprises à franchir une nouvelle étape : mécaniser la production pour se débarrasser de la main d'oeuvre, et accroître encore les bénéfices de cette industrie.
Le groupe français Louis Dreyfus est le deuxième plus gros producteur d'agroéthanol et de sucre du Brésil. Il a acheté en 2007 des usines dans le Mato Grosso do Sul et décidé d'installer un nouveau complexe sucre-éthanol, inauguré en août 2008. La multinationale française prévoit que toutes les activités de récolte de la canne seront entièrement automatisées. Au total, ce sont 10 à 12 000 emplois qui seront supprimés (Louis Dreyfus est le premier employeur du Mata Grosso do Sul).
Après les avoir exploités dans des conditions intolérables, Louis Dreyfus prévoit donc d'abandonner brutalement les Guarani à leur sort. Des campagnes d'organisations brésiliennes et internationales lui demandent d'indemniser les travailleurs et de mettre en place des programmes de formation et de reconversion. Louis Dreyfus ne peut ignorer les conséquences économiques et sociales qu'aura la mécanisation à outrance sur les populations Guarani.
Pour en savoir plus :
Peuples Solidaires :
Un patrimoine historique et 78 000 Kurdes menacés par le barrage d'Ilisu (Turquie)
Ilisu est un projet de barrage géant en Turquie, dont la construction est financée notamment par la Société Générale. Il est situé en Anatolie du Sud-est, en zone kurde. Ce projet a déjà été planifié et abandonné du fait de ses impacts sociaux, environnementaux, politiques et culturels majeurs.
Le principal impact du projet réside dans le déplacement des populations, nécessaire à la mise en eau du barrage. Jusqu’à 78 000 personnes, principalement d'origine kurde, sont concernées par ces déplacements, ce qui fait de ce projet de barrage le plus important en Europe, dans une région de conflit historique entre les Turcs et la minorité kurde. La Turquie s’est engagée en 2007 à respecter 153 conditions concernant ces relocalisations ainsi que la sauvegarde du patrimoine historique de Hasankeyf, une ville vieille de 10 000 ans et riche de nombreuses civilisations.
Un an plus tard, les rapports d’experts indépendants sont sans appel : la Turquie viole massivement ces conditions et ne semble pas disposée à améliorer ses pratiques. Le plan de réinstallation des populations est au point mort alors que les travaux ont déjà commencé ; aucun site de relocalisation n’a été identifié et les premiers dédommagements financiers se sont révélés totalement insuffisants. De même, aucun recensement du patrimoine culturel de la région n’a débuté, mettant en péril un pan entier de la culture kurde.
Devant cet état des lieux catastrophique, l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse, qui garantissent les entreprises occidentales devant construire le barrage, viennent d’envoyer un dernier avertissement à la Turquie avant de décider de leur retrait du projet. Malgré ce nouvel avertissement extrêmement clair, la Société Générale est toujours impliquée dans le projet en tant que chef de file du financement export.
Pour en savoir plus :
Site d'associations kurdes sur l’implication de la Société Générale dans le projet :www.sauvezhasankeyf.org/
Déclaration de Berne : www.evb.ch/fr/f25000077.html
Réseau BankTrack (en anglais) :
www.banktrack.org/site2008/show/dodgydeals/ilisu_dam_project
50 000 personnes déplacées de force pour le Barrage de Merowe (Soudan)
Le barrage de Merowe, au Soudan, est en construction sur le Nil. Le réservoir du barrage, de 174 km de long, déplacera de force plus de 50 000 personnes. Les populations locales refusent de quitter leurs terres, situées dans la fertile vallée du Nil, car elles seront "relogées" dans des zones désertiques. Les impacts sociaux et environnementaux du projet n'ont jamais été analysés adéquatement.
Le gouvernement soudanais harcèle les populations locales qui refusent de quitter leurs terres. En avril 2006, l'armée est intervenue et a abattu aux moins trois personnes. Le gouvernement a volontairement fermé les portes du barrage durant la saison des pluies en 2006-2007, pour faire monter les eaux et forcer les habitants à fuir. Ces derniers ont tenté de résister en construisant des digues en sacs de sable pour sauver leurs bâtiments publics (écoles, hôpital et bureaux du Conseil municipal) ; une aide a commencé à être organisée. Mais le gouvernement a réagi en interdisant l'accès de la région à l'aide et aux journalistes.
En août 2007, le rapporteur spécial des Nations Unies sur le logement décent a publiquement redouté des évictions forcées à grande échelle et a appelé publiquement les entreprises impliquées dans le projet (Alstom, Lahmeyer et Harbin) à stopper leurs activités jusqu'à ce qu'une étude indépendante sur les impacts humains du barrage soit effectuée. En février 2008, un autre rapporteur des Nations Unies s'est vu interdire l'accès de la zone par le gouvernement.
Alstom fournit les turbines hydroélectriques du barrage, c'est à dire le cœur industriel du projet. Avertie puis sollicitée à plusieurs reprises par des ONG internationales, l'entreprise n'a jamais jugé utile d'arrêter ses travaux dans le projet, se faisant ainsi, en connaissance de cause, complice des violations massives des droits humains générées par le gouvernement soudanais dans la construction du barrage.
Pour en savoir plus :
Business and Human Rights :
www.business-humanrights.org/Documents/KothariMerowedamAug2007
International Rivers :
Le torchage du gaz se poursuit au Nigeria, au mépris de l'environnement
Au Nigeria, un des premiers pays de production pour Total (première entreprise française), le groupe pratique depuis 1962 le torchage du gaz extrait des puits de pétrole exploités dans le delta du Niger. Le torchage consiste à brûler le gaz sur place sans le valoriser, à cause du manque de rentabilité et d'investissement. La pratique, extrêmement polluante, a été interdite par le Nigeria en 1984 où elle est qualifiée de « monstruosité humaine, écologique et économique » par une association locale.
Ses impacts sanitaires et écologiques sont en effet catastrophiques : selon des estimations, les émissions de gaz toxiques associées au torchage entraînent chaque année des dizaines de milliers de cas de cancers, de morts prématurées, de maladies respiratoires ou d'autres maladies chroniques dans le Delta du Niger.
Sur le plan environnemental, les pluies acides résultantes du torchage entraînent directement une destruction de l'environnement et des écosystèmes de la région, rendant très difficile le maintien de l'activité agricole. Au niveau global, le torchage est un véritable fléau climatique (en pure perte), qui entraîne tous les ans l'émission de dizaines de millions de tonnes de gaz à effet de serre, dont du méthane à fort pouvoir réchauffant.
La contribution de Total au torchage au Nigeria est très lourde, en tant que gros producteur pétrolier du pays. Alors que le torchage est illégal au Nigeria depuis 1984, ce qu'a confirmé en 2006 la plus haute cour de justice du pays dans un procès condamnant Total et plusieurs autres pétroliers, le mastodonte français n'a toujours pas prévu d'arrêter cette pratique.
Pour en savoir plus :
The Climate Justice Programme / Environmental Rights Action : http://www.eraction.org/index.php?option=com_content&task=view&id=69&Itemid=29
Les Amis de la Terre, rapport Total, la mise en examen : http://www.amisdelaterre.org/Rapport-Total-la-mise-en-examen.html
Tricastin : attention, site à très haut risque !
Le Tricastin est un des sites de production nucléaire d'AREVA, situé sur le Rhône à une soixantaine de kilomètres au nord d'Avignon. Dans la nuit du 7 au 8 juillet 2008, des opérations de maintenance ont conduit au rejet dans les cours d'eaux avoisinants de 75 kilos d'uranium hautement radioactif, pulvérisant les seuils maximum légaux de radioactivité avec des taux de plus de 300 000 Becquerels par litre au lieu de 50 Bq/l.
Les autorités préfectorales de la Drôme ont été contraintes de décréter immédiatement l'interdiction de pêche, d'irrigation, de baignade et de consommation d'eau pour les communes avoisinantes. AREVA n'a annoncé la fuite à l'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) que plus de huit heures après les faits, ce qui a déclenché la colère des populations avoisinantes. De plus, des prélèvements effectués dans la nappe phréatique locale durant les jours suivants ont permis d'y déceler des taux de radioactivité qui ne « peuvent être expliqués par le rejet accidentel », d'après l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, pour qui « on ne peut exclure qu'il y ait eu des rejets antérieurs ».
Suite à cette pollution, le groupe AREVA n'a pu qu'admettre sa responsabilité, admettant un défaut d'étanchéité d'une cuve. L'ASN, quant à elle, a conclu à une « série de dysfonctionnements et de négligences humaines ». Dans les semaines et mois suivants le site du Tricastin a été marqué par d'autres problèmes graves, dont la contamination radioactive de 100 employés suite à la rupture d'une canalisation fin juillet, et un important problème de manipulation de barres d'uranium, restées collées au bouchon de la cuve réacteur, en septembre.
Cette multiplication de problèmes, aux conséquences potentiellement catastrophiques, met en évidence les risques posés par le site nucléaire du Tricastin, et le manque de transparence de la société AREVA. A l'heure où cette dernière tente de se donner une image positive auprès des citoyens en mettant à profit le réchauffement climatique, elle rappelle que l'énergie nucléaire est extrêmement dangereuse sur le plan environnemental et sanitaire.
Pour en savoir plus :
CRIIRAD :
http://www.criirad.org/actualites/dossiers-08/tricastin-juil08/socatri/som-socatri.html
Sortir du nucléaire :
Financer une centrale nucléaire russe en zone sismique : le cas Belene (Bulgarie)
Belene est un projet de centrale nucléaire en Bulgarie, dont le financement est coordonné par BNP Paribas. Ce projet a débuté dès les années 80 avant d’être abandonné dans les années 90 en raison de ses risques environnementaux, techniques et économiques.
Le principal risque de ce projet réside dans son emplacement, situé en pleine zone sismique. Un tremblement de terre a frappé la région à seulement 12 kilomètres de là en 1977, faisant plus de 120 morts. Plusieurs séismes d’intensité supérieure à 4 sur l’échelle de Richter ont à nouveau eu lieu début 2008, dont un a été ressenti dans la ville même de Belene.
Ce risque est d’autant plus prégnant que la technologie russe retenue pour le projet est obsolète et que la Bulgarie manque cruellement d’expérience industrielle pour ce type de réacteur. La technologie retenue serait interdite en France pour des raisons de sécurité. Le gouvernement bulgare l’avait lui-même jugé « techniquement inadéquat et économiquement non viable ». Le coût du projet vient d’ailleurs d’exploser, passant de 4 à 7 milliards d’euros, sans compter les coûts liés au traitement des déchets radioactifs pour lequel la Bulgarie n’a aucun plan. Enfin, l’étude d’impact environnemental du projet est actuellement devant les tribunaux, suite à une plainte portant notamment sur le fait qu'elle n'a pas pris en compte les accidents lourds, les attentats terroristes et les déchets nucléaires.
Malgré tous ces risques, BNP Paribas a accepté d’octroyer un prêt de 250 millions d’euros à la compagnie nationale d’électricité bulgare NEK, qui s’apprête à en utiliser la majeure partie pour démarrer les travaux de construction de la centrale. Lors d'une rencontre avec des ONG en 2007, le Directeur général du groupe, Baudouin Prot, s'était engagé à ne plus s'impliquer dans le projet. Pourtant, BNP Paribas a accepté depuis d'organiser et de coordonner le financement de cette centrale nucléaire obsolète et dangereuse.
Pour en savoir plus :
Coalition No Belene ! :
http://www.bluelink.net/belene/index-en.shtml
Réseau BankTrack (en anglais) :
http://www.banktrack.org/site2008/show/dodgydeals/belene_nuclear_power_plant
Botnia, une usine de pâte à papier polluante qui cause de graves conflits diplomatiques
L’usine de pâte à papier de Botnia (entreprise finlandaise) est située à Fray Bentos (Uruguay), sur les rives du fleuve entre l’Uruguay et l’Argentine. Plus de 300 000 personnes habitent dans la zone d’influence de l’usine, qui est l'une des plus importantes du monde, avec une production de 1 million de tonnes par an de pulpe d’eucapyptus. Utilisant la technologie ECF, critiquée pour son utilisation du chlore (très polluant) dans le processus de blanchissement du papier, l'usine Botnia produit des dioxines très toxiques. Sa situation en zone très touristique de grande valeur et à une dizaine de kilomètres de Esteros de Farrapos, une zone humide classée d’importance mondiale par la convention internationale de Ramsar aggravent encore davantage ses impacts. Les études d'impact environnemental et social du projet comportent de grosses lacunes et violent les normes internationales en vigueur.
Du fait de ses risques, l'usine a fait l'objet d'au moins 14 plaintes, notamment deux plaintes entre les Etats d'Argentine et d'Uruguay auprès de la plus haute instance juridique internationale (la Cour Internationale de Justice) qui ont dégénéré en une grave crise diplomatique. L'usine a également cristallisé une opposition hors du commun des populations locales, surtout de la ville argentine de Gualeguaychu. Depuis quatre ans se déroulent chaque année des marches de 50 000 à 120 000 personnes contre la construction de l'usine, qui s'est pourtant poursuivi. Un des rares ponts reliant l'Argentine à l'Uruguay est d'ailleurs fermé depuis plusieurs années.
Ces tensions ont conduit le banquier néerlandais ING à se retirer du projet alors qu'il en était un des financeurs principaux (480 millions d'euros sur un total de 1,2 milliards). C'est le Crédit Agricole, via sa filiale internationale Calyon, qui a pris la relève malgré l'opposition des populations locales et d'ONG internationales. Calyon n'a pas pris en compte les craintes des populations et leur opposition massive, les tensions diplomatiques graves générées par le projet et a systématiquement refusé de publier ses propres analyses du projet et de ses risques.
Pour en savoir plus :
Banktrack :
www.banktrack.org/site2008/show/dodgydeals/botnia_pulp_and paper_mill

« Pour sauver la mozarella, soutenons l'incinération ! »
Le groupe CNIM est un des principaux lobbies pro-incinération en France. Dans le secteur des déchets il ne fait quasiment que de l'incinération (construction et exploitation des incinérateurs, traitement des fumées), contrairement à d'autres groupes qui sont « multi-activités ».
La CNIM a agi par l'intermédiaire de l'ESWET (European Suppliers of Waste to Energy Technology), syndicat européen de constructeurs d'incinérateurs dont l'entreprise est membre.
Profitant de la catastrophe sanitaire liée à la crise des déchets à Naples depuis quelques années, elle a participé à une campagne de communication suivant la logique suivante : la pollution massive à la dioxine en Campanie est la conséquence du fait que les déchets ont été mis en décharge, et n'aurait pas eu lieu si un incinérateur avait été utilisé. Conclusion de CNIM : « Pour sauver la mozzarella, soutenons l'incinération ! ». La CNIM omet seulement de mentionner que l'incinération est une des principales sources d'émission de dioxines.
La CNIM a distribué son flyer à l'entrée du Parlement européen le jour du vote de la directive-cadre sur les déchets. Elle s'adresse donc aux députés lorsqu'elle écrit : « Save the mozzarella, support waste to energy », waste to energy étant la formule anglaise « fleurie » pour désigner l'incinération.
Pour en savoir plus :
CNIID :
www.cniid.org/espace_mailing/lettre_cniid_toxics_20080709.html

« Nos énergies ont de l'avenir. Un avenir sans CO2 »
La société AREVA, un des leaders mondiaux du nucléaire, énonce dans son rapport développement durable 2007 le slogan « Nos énergies ont de l’avenir. Un avenir sans CO2 », entretenant ainsi l’idée selon laquelle le nucléaire serait la solution pour lutter contre les changements climatiques.
On apprend pourtant dans le même rapport que les émissions d’AREVA ont été équivalentes en 2007 à 991 kilotonnes équivalent CO2 pour les émissions directes uniquement, auxquelles il convient de rajouter les émissions liées à l'ensemble de la filière nucléaire (extraction, transport et traitement du minerai, puis traitement à très long terme des déchets radioactifs). Selon certains calculs, le bilan carbone final d'un kilowatt d'origine nucléaire peut atteindre le tiers de celui d'un kilowatt produit dans une centrale au gaz.
L'Agence Internationale de l'Energie n'attribue qu'un bénéfice de 6 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre au développement potentiel de la filière nucléaire à l'horizon 2050, contre 54 % pour les économies d'énergies. Elle souligne que les économies d'énergies sont les solutions les plus rapidement mobilisables et les moins coûteuses. L'avenir de la filière nucléaire et son utilité pour combattre les changements climatiques sont donc très loin de faire l'unanimité.
Pour en savoir plus :
Global Chance :
"Total contribue à l'essor des énergies nouvelles".
Total a lancé en 2008 sa quatrième campagne de communication institutionnelle mondiale, sur le thème de la corrélation entre besoins énergétiques et préservation du climat. Parmi les différents visuels, l'un deux, sous-titré "Connexion directe", affirme que pour "préparer l'avenir, Total contribue à l'essor des énergies nouvelles", et qu' "une des priorités" du groupe est le "développement de l'énergie solaire". Pour tenter d'en convaincre le lecteur, l'argumentaire précise que le groupe "investira 45 millions d'euros d'ici 2009" pour augmenter la capacité d'une de ses filiales de production de cellules solaires photovoltaïques.
Il convient de rapporter ce montant aux investissements du groupe. Ces derniers s'élèveront en 2008 à plus de 12 milliards d'euros, dont environ 75 % dans l'exploration et la production pétrolière. Les investissements solaires du groupe représenteront ainsi 0,38 % de ses investissements totaux en 2008. Dans les prochaines années, le groupe a par contre prévu d'investir plusieurs milliards de dollars par an dans les sables bitumineux au Canada, qui sont une véritable catastrophe écologique et climatique. En termes de production d'énergie, Total a réalisé l'équivalent de 0,006 % de sa production énergétique (d'origine presque exclusivement fossile) à partir du solaire en 2007, tandis que son chiffre d'affaires dans ce dernier secteur pouvait être évalué à environ 98 millions d'euros, soit 0,06 % du chiffre d'affaires total la même année.
Une des règles de l'Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ex-BVP) stipule qu'une publicité ne doit pas "tromper le public sur la réalité des actions de l'annonceur en faveur du développement durable". Le lecteur de cette publicité est en droit de s'interroger sur la "réalité" des efforts de Total en faveur de l'énergie solaire, au regard de ses investissements colossaux dans les énergies fossiles. Alors que le groupe est un des leaders du secteur de l'énergie et une des quinze premières entreprises mondiales, il ne pèse rien dans le marché mondial du solaire, qui se développe de 30 % par an depuis quinze ans.
Pour en savoir plus :
L'Alliance pour la planète :
www.lalliance.fr/45-Publicite-et-Environnement
Rapport des Amis de la Terre Total, la mise en examen :
www.amisdelaterre.org/Rapport-Total-la-mise-en-examen.html

« Himalaya »
Suivant l'effet de mode du 4x4 urbain, Renault a commercialisé en 2008 son premier 4X4, le Koléos. La sortie de ce produit a été accompagnée d'une importante campagne publicitaire : TV, journaux, Internet, etc.
La publicité incriminée est un spot TV intitulé « Himalaya » axé sur les capacités de franchissement du véhicule en milieu naturel dit « hostile » et mettant en situation des alpinistes chevronnés, au milieu d’une tempête de neige. Ils retrouvent, surpris, au sommet du plus haut massif montagneux du monde un Koléos avec à l’intérieur, une famille à l’abri et confortablement installée. Le spot donne par ailleurs le sentiment que le 4X4 est synonyme de véhicule pouvant s'associer à la nature, ou pouvant s’en accommoder facilement.
Alors que les conséquences du réchauffement climatique ne sont plus contestées, Renault utilise comme cadre scénographique dans sa publicité l’Himalaya et ses glaciers... les mêmes glaciers qui sont en train de fondre sous l'effet du dérèglement climatique, dû notamment aux rejets importants de CO2 du secteur des transports en général et de l’automobile en particulier. L'organe scientifique des Nations unies, le GIEC, estime que si le rythme actuel d'émissions de gaz à effet de serre se poursuit, la possibilité que les glaciers aient disparu en 2035 est très élevée. C’est tout un bassin hydrographique (la chaîne de montagnes géante de l'Himalaya) où vivent 1,3 milliards d’habitants qui serait ainsi complètement déstabilisé.
Les 4X4 sont les véhicules particuliers mis sur le marché qui émettent le plus de CO2 : 210 g de CO2/km en moyenne (contre 148g pour les berlines), d’après les chiffres de l’Ademe (2008). Le Koléos quant à lui rejette 231g/CO2 par kilomètre parcouru ! C'est plus de deux fois plus que les véhicules particuliers les moins émetteurs, pour un usage réel sensiblement équivalent.
Pour en savoir plus :
Voir le spot « Himalaya » :
http://www.dailymotion.com/relevance/search/koleos/video/x5lq0k_pub-renault-koleos-himalaya_auto
Agir pour l’environnement et Réseau Action Climat France : www.koleos.tv
Les NominésPour l'année 2008, les nominés pour le prix Pinocchio sont les suivants :