Les Lauréats
Dans le désert de sel Salinas Grandes, sur l’altiplano argentin, l’entreprise Bolera Minera met en danger un environnement précieux et le mode de vie des communautés locales pour l’exploitation du lithium.
En 2010, Bolera Minera, une joint venture formée par les groupes français Bolloré et Eramet, signe un contrat d’exploration du lithium de deux ans avec la compagnie minière argentine Santa Rita, qui lui donnerait un permis d’exploitation de 20 ans. Bolera Minera opère ainsi dans cette région de 18000 Km2 où vivent 33 communautés indigènes des provinces de Salta et de Jujuy.
Les français Bolloré et Eramet, respectivement spécialisés dans les secteurs minier et industriel, sont un des leaders sur le marché du lithium, matériau utilisé dans l’industrie téléphonique et automobile pour la construction de batteries électroniques de haute technologie. Mais pour extraire cette ressource si convoitée, de grandes quantités d’eau sont nécessaires, ce qui présente un risque considérable de diminution du niveau des nappes phréatiques dans une région extrêmement aride, ainsi que de salinisation des couches d’eau douce. Par ailleurs, le peu d'eau existante est souvent contaminée par les nombreuses substances chimiques utilisées pour la production du lithium. Les communautés de Salinas Grandes voient donc le lieu de vie où elles sont établies depuis des générations menacé, tout comme leurs moyens de subsistances puisque l’eau est indispensable pour les activités agricoles, l’élevage de moutons ou de lamas, mais aussi pour la production traditionnelle du sel, une activité importante pour l’économie locale.
Face à la violation de leurs droits à être consultées et à décider de leur propre développement, les communautés de Salta et de Jujuy se mobilisent. Une plainte a été déposée devant la Cour Suprême d’Argentine ainsi qu’auprès du Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, qui en juillet 2012, a émis un rapport [1] pointant du doigt les impacts socio-environnementaux de l’exploitation du lithium dans la région de Salinas Grandes.
IMPORTANT: Suite à une demande d'Eramet, les Amis de la Terre précisent que cette plainte a été portée contre les gouvernements des provinces de Salta et Jujuy qui sont comptables de l'information et de la concertation avec les populations locales selon le droit argentin.
A la lecture des documents transmis par Eramet aux Amis de la Terre, Bolera se serait retiré en novembre 2011 d'un des six sites d'exploration sur lesquels le consortium est s'engagé en 2010. Les Amis de la Terre et leurs partenaires argentins mènent actuellement des démarches auprès des provinces concernées afin de vérifier ces informations.
Il n'en demeure pas moins, et c'est tout l'enjeu de la campagne des Amis de la Terre sur la responsabilité des entreprises, que les multinationales dans leur ensemble sont les premières bénéficiaires de la faiblesse et du manque d'effectivité deu droit dans les Pays du Sud, notamment concernant le "droit au consentement et à la consultation libres, préalables et informés des peuples autochtones" (Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail), raison principale de la nomination d'Eramet à ces Prix.
Pour en savoir plus :
Depuis une cinquantaine d'années, l’usine d’alumine de Gardanne rejette des produits toxiques en mer Méditerranée. ALTEO en est l’opérateur actuel.
En octobre 2010, submergée par des torrents de boues rouges, la ville d’Ajka avait été le théâtre du plus grand accident industriel de l’histoire de la Hongrie. Impossible en France me direz-vous? Ce scénario se réalise pourtant quotidiennement au large des côtes méditerranéennes ! Construite par le groupe industriel Pechiney, l’usine d’alumine de Gardanne (Bouches-du-Rhône) est depuis peu détenue par ALTEO, une alliance entre le géant minier Rio Tinto Alcan et HIG Capital, filiale européenne d’un fonds d’investissement américain.
Depuis une cinquantaine d’années, une conduite longue de 47 kms déverse en plein cœur du Parc National des Calanques et à 320 mètres de profondeur les boues rouges produites par l’usine de Gardanne et l’ensemble des produits chimiques qui les composent (vanadium, plomb, chrome, titane, mercure…). Se déposant sur les fonds marins et se dispersant au rythme des courants, ces matières toxiques polluent durablement la mer Méditerranée. Un siècle est en effet nécessaire pour renouveler l’eau qui la constitue.
80 % des déchets produits par l’usine sont actuellement rejetés en mer. Soit approximativement 30 millions de tonnes de boues rouges depuis 1966 !
Si la fin de ces rejets est prévue pour 2015, elle ne fera que marquer le début d’une nouvelle étape de la catastrophe. Quelles conséquences à long terme pour les espèces marines de cette zone qui absorbent et concentrent par bioaccumulation les métaux lourds toxiques présents dans ces rejets ? Quels risques sanitaires pour l’homme ?
Conscient de l’échéance, Rio Tinto Alcan réfléchit déjà à la suite. Le groupe initie une pression sur les communes de la région pour obtenir le déclassement de zones boisées dans le but de stocker ces déchets sur terre en attendant leur transformation pour les vendre dans différents secteurs dont celui de la dépollution !
En 1993, une étude d'impact commandée par Pechiney concluait à la toxicité des boues rouges. Une étude classée confidentielle pour une quinzaine d'années à la demande du groupe qui depuis clame l'innocuité des boues rouges et des produits commerciaux issus de leur transformation.

A grand renfort de communication, Lesieur travaille son image: celle d'une entreprise responsable qui ne peut rester insensible face au drame de la faim que vivent des millions de personnes dans le monde.
A l’automne 2011, alors que l’Afrique de l’Est connait l’un des pires épisodes de crise alimentaire, Lesieur décide d’employer les grands moyens et de se lancer dans l’humanitaire : pour chaque bouteille d'huile achetée, l'entreprise s'engage à en envoyer une autre directement en Somalie, en Ethiopie, en Erythrée ou au Kenya.
Mais ce que donne Lesieur d'une main, ses dirigeants le reprenne de l'autre!
Pour comprendre, il est utile de rappeler qui contrôle cette entreprise. Lesieur est, en effet, le fleuron du « Pôle Valorisation des Oléagineux » du groupe Sofiprotéol et bénéficie ainsi « de l’expertise d’un groupe présent sur l’ensemble de la filière huile, qu’elle met au service de l’innovation durable ». Sofiprotéol ? Une véritable machine de guerre, avec à sa tête, Xavier Beulin, patron de la FNSEA et fervent promoteur des agrocarburants. Une industries qualifiée de « crime contre l'Humanité » par Jean Ziegler, le rapporteur des Nations-Unies pour le droit à l'alimentation et dont les Amis de la Terre, ainsi que de nombreuses associations, journalistes, experts en tout genre, dénoncent, depuis des années, les impacts environnementaux et sociaux désastreux, notamment en Afrique [1].
Même la Banque Mondiale pointe du doigt les agrocarburants, et ceux qui les soutiennent : entre 2002 et 2008, près de 75 % de la hausse des prix alimentaires serait imputable aux mouvements financiers spéculatifs utilisant les politiques de soutien aux agrocarburants dans l'Union Européenne et aux États-Unis [2].
Face à un tel lever de bouciers, l'Union Européenne a annoncé, en septembre 2012, son projet de diviser par deux le taux d'agrocarburants mélangés au carburant à la pompe, par rapport à son objectif initial de 20 % d'ici 2020.
Pour les Amis de la Terre, c'est encore une moitié de trop mais pour Sofiprotéol, c'est surtout un « projet inacceptable » et un « message catastrophique » qui menace des milliers d'emplois[3]. Il y a une nuance entre envoyer un bidon d'huile de temps en temps en Afrique et remettre en cause un business juteux...même s'il affame la planète.
Pour en savoir plus:
Transformer vos pots de yaourts ou vos lingettes désinfectantes en compost de qualité prêt à l’emploi pour vos jeunes pousses ? C’est ce à quoi s’engage Urbaser Environnement, spécialiste du secteur et tenant de la technique révolutionnaire du « Tri Mécano Biologique ». L’entreprise prévoit d’ailleurs de construire l’une de ces usines miracles à Romainville (Seine-Saint-Denis).
Présentées comme une alternative à l’incinération ou à la mise en décharge, les usines de traitement biologiques des déchets sont surtout une énième tentative des industriels pour transformer nos déchets en profits, en se parant d’une image verte. En 2011, Urbaser Environnement a ainsi enregistré un chiffre d’affaire de 152 millions d’euros en 2011 pour ses seules activités en France [1].
Que cache le doux nom de « Tri Mécano Biologique de nos déchets »? La promesse, pour le citoyen de jeter tous ses déchets dans une même poubelle et que, d’un simple coup de baguette magique, un tri rigoureux soit effectué. Dans le plus strict respect de l’environnement et « en toute confiance » bien évidemment.
Mais la réalité est malheureusement moins reluisante ! La technique est chère [2] et mal maîtrisée. Le compost produit par ce type d’usine est refusé par les agriculteurs et pour cause, la norme française autorise qu’1m3 de compost issu de ces usines contienne jusqu’à 5 kilos de verre ou de métaux et 2, 7 kilos de sac plastique [3]! Une norme déjà très laxiste, mais qui bien souvent n’est même pas atteinte, obligeant l’abandon du compost en décharge et in fine une nouvelle accumulation de déchets !
Nuisances olfactives, risques de fuite de gaz, d’incendie ou d’explosion s’ajoutent au tableau, provoquant les craintes des riverains face à l’implantation de ces nouvelles usines.
Cessons de jouer avec des industriels peu scrupuleux, dénonçons leurs projets et imposons nos alternatives citoyennes : un compost trié à la source et valorisable par un retour au sol !
Pour en savoir plus:
L’année 2012 est pour la société publique française AREVA assurément un grand cru.
Avec grandeur et panache, le fleuron de l’industrie nucléaire française, a dû affronter une année 2012 des plus tourmentée !
En mai, le tribunal des affaires de Sécurité de Melun a en effet condamné Areva pour la mort par cancer du poumon d'un ex-salarié d'une mine d'uranium du groupe français au Niger. Lors de l'audience, Peggy Venel, fille de la victime a rappelé que "quelques mois avant le décès, en mars, le pneumologue avait dit que la cause du cancer était "l'inhalation de poussières d'uranium" [1]". "Nous ne comprenons pas le jugement du tribunal de Melun", a réagi Areva.
C'est pourtant assez clair! Le 1er septembre, les ONG Aghir In Man et la CRIIRAD montrent que le Rapport de l'Etude d'Impacts sur l'Environnement du projet de mine géante d'Imouraren qu'Areva a soumis aux autorités nigériennes, viole clairement la règlementation nigérienne en vigueur [2]. Qui s'en soucie? Pas Areva, qui dans sa réponse maintient qu' "il n'y a aucun danger pour les populations à proximité des mines". Sans complexe, alors que la condamnation venait d'être ordonnée!
Mais le plus beau est encore à venir. En mars, le rapport parlementaire de Jean-Marc Goua a mis en évidence "des carences tant du côté d'Areva que de l'Agence des participations de l'Etat lors de l'acquisition en 2007 de la société minière Uramin par le groupe nucléaire public, une opération qui a depuis viré au désastre financier [3]". Cette opération aura en effet côté 2,36 milliard d'euros. Une paille pour Areva, cet argent étant public!
Incapables les meilleurs dirigeants français? A voir, puisque les derniers rebondissements de cette affaire, débusqués par des journalistes du Mail and Guardian conduiraient à envisager un gigantesque montage financier ressemblant comme deux gouttes d'eau à une vraie opération de corruption en vue d'obtenir le marché de construction des centrales sud-africaines d'un montant de 25 milliards d'euros [4]!
Alors que la banque essaie de se donner une bonne image responsable, le décryptage de certains de ses documents internes dévoile une face bien moins vertueuse de ses activités.
En 2009, le directeur général de BNP Paribas déclarait solennellement : « Nous avons décidé de fermer nos filiales dans les paradis fiscaux ». Trois ans plus tard, force est de constater que la discipline promise par la banque ne s’est pas réellement concrétisée. Pire, le nombre de ses filiales situées dans des paradis fiscaux a même augmenté ! Nous en comptons 360 aujourd’hui, soit près du quart du nombre total de ses filiales [1].
Auditionné le 16 avril 2012 par la commission d’enquête du Sénat sur l’évasion fiscale, Baudoin Prot, PDG de BNP Paribas a déclaré que sa banque « a pour principe constant de n’encourager en aucune façon les comportements assimilables à de l’évasion des capitaux ou à de la fraude fiscale ».
Mais différents documents internes à la banque prouvent très clairement le contraire. La banque fait ainsi la promotion de produits et de montages financiers miracles permettant à leur clientèle de se soustraire à la plupart de leurs obligations fiscales et contourner les nouveaux petits obstacles posés par le G20 en la matière. Parmi ces montages, la possibilité offerte par la BNP de créer des trusts, des fondations ou autres structures opaques à la chaine visant à dissimuler l’identité du véritable détenteur d’une entreprise ou d’un compte bancaire. Les territoires utilisés par la banque sont notamment Jersey, les Bahamas, le Liechtenstein, Panama, les Antilles Néerlandaises, le Luxembourg, les îles Vierges britanniques, les Pays-Bas, la Suisse et Hong Kong
Autre exemple, une Sicav baptisée Luxumbrella (le parapluie luxembourgeois), permettant à ses clients de contourner toute retenue fiscale à la source, prévue dans le cadre européen. Suite à l’audition au Sénat, la banque a annoncé néanmoins que le produit avait été retiré du marché…
Mais BNP Paribas n’est pas le seul acteur à profiter largement des attraits des paradis fiscaux. Plus de 20 % des filiales des 50 plus grandes entreprises européennes sont en effet localisées dans les paradis fiscaux. Dans une récente étude, Tax Justice Network a estimé que les actifs financiers détenus offshore s’élèveraient autour de 25 000 milliards d’euros [3]. Soit 10 fois le PIB de la France.
Pour en savoir plus:
Au-delà des impacts environnementaux liés à ses activités pétrolières, Perenco est aussi impliqué dans plusieurs affaires de soutien à des groupes paramilitaires en Amérique latine.
Dans le cadre d’un accord signé en 2010 avec l’Etat guatémaltèque, Perenco s’est engagé à financer le fonctionnement de six bataillons militaires dans sa zone d’exploitation. Officiellement, ces « Bataillons verts », sont chargés de protéger la nature et de lutter contre les narcotrafiquants. Mais leur véritable mission ne fait pas de mystère : empêcher les mobilisations sociales afin de faciliter le développement de mégas projets dans la zone au profit du secteur privé national et international. Pour le plus grand bonheur de Perenco, le principal détachement militaire étant situé à l’entrée de la concession du groupe pétrolier… En 2010, l’entreprise a versé trois millions de dollars pour la création de ces bataillons, ainsi que 0,30 euros par baril produit pour leur fonctionnement [1].
Mais Perenco est aussi actif en Colombie, pays en proie à un conflit armé interne des plus violents. Plusieurs témoignages d’anciens chefs paramilitaires attestent ainsi des financements accordés par l’entreprise française à certains groupes armés d’autodéfenses entre 2002 et 2005 [2] (groupes responsables de nombreuses exactions, de disparitions forcées et de déplacements de civils). En novembre 2011, un ex-paramilitaire déclarait ainsi devant la justice que Perenco, afin de protéger ses installations pétrolières contre les groupes guérilleros, finançait par des donations ces groupes armés illégaux, leur fournissant de l’essence et les payant pour escorter les camions de l’entreprise.
Enfin, lorsqu'en avril 2009, 30 000 personnes se mobilisent contre le processus de privatisation de la forêt amazonienne, plusieurs compagnies pétrolières, dont Perenco, interpellent le gouvernement péruvien et lui demandent de réagir afin que soient protégées leurs installations. Sitôt demandé, sitôt fait, le gouvernement décrète l'état d'urgence, suspendant les droits constitutionnels et réprimant les manifestations dans le sang [3].
En septembre dernier, des représentants des communautés guatémaltèques affectées par les activités du groupe pétrolier ont fait le déplacement en France pour interpeller les décideurs publics français. Perenco pourra-t-il continuer longtemps à faire la sourde oreille?
Pour en savoir plus: