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Les Lauréats 2013Les Lauréats 2013

 

Les lauréats sont désignés par un vote public sur ce site internet. La cérémonie publique de remise des Prix Pinocchio 2013 a eu lieu le  mardi 19 novembre 2013 à la Java, à Paris.

En Inde, Veolia favorise les abus et les profits plut√īt que le droit √† l'eau

En Inde, Veolia favorise les abus et les profits plut√īt que le droit √† l'eau

Derrière les beaux discours, les vieux démons de la privatisation de l’eau ont la vie dure.


Aujourd’hui, Veolia voudrait se poser en chevalier blanc qui viendrait enfin apporter l’eau aux pauvres Indiens, au nom du « droit à l’eau » et des « objectifs du millénaire pour le développement ». Mais derrière ce relookage de la privatisation de l’eau, c’est toujours la même réalité qui prévaut : une réalité faite d'opacité financière, de promesses mirobolantes non tenues, de hausse du prix de l’eau, de conflits sociaux, et d’accaparement privé des ressources publiques. Les nouvelles méthodes de « social business » cachent toujours le même objectif : habituer les pauvres à devoir payer, toujours plus, pour leur eau.


En 2012, Veolia annonçait en fanfare son premier contrat global de privatisation de l’eau en Inde, dans la ville de Nagpur (2,5 millions d’habitants). Et quelques mois plus tard à peine, le groupe invitait une délégation de journalistes français pour venir célébrer sa « réussite ». Hélas, au même moment, les plaintes commençaient déjà à s’accumuler contre l’opérateur privé, du fait des retards dans les travaux et des exactions de certains de ses agents locaux. Aujourd’hui, la gestion privée est un gouffre financier. Des sommes importantes ont été « dépensées » sans que la situation se soit réellement améliorée sur le terrain. Des émeutes ont eu lieu dans certains quartiers contre les agents de Veolia, et une procédure en contentieux de la municipalité contre l'opérateur privé a été annoncée.


Partout où le géant français de l’eau est implanté en Inde, comme à Delhi ou dans le Karnataka, ce sont les mêmes critiques qui reviennent : contrats opaques favorisant les entreprises privées, hausse des tarifs, détournements d’eau du réseau public au profit des zones sous gestion privée…


Dans la propagande officielle, l’Inde est présentée comme un nouvel eldorado qui va permettre aux multinationales françaises de l’eau de conquérir de nouveaux marchés tout en soignant leur image. Dans la réalité, avec la vague des « partenariats public privé », ce à quoi on assiste est une course au pillage des fonds publics, où l’accès à l’eau des plus pauvres n’a qu’une importance très marginale.



En savoir plus :

 

Télécharger la réponse de Veolia.

 

Crédits photo : waterdotorg

Détruire la Grande Barrière de corail pour du charbon ? La Société Générale fait ses comptes.

Détruire la Grande Barrière de corail pour du charbon ? La Société Générale fait ses comptes.

Charbon en Afrique du Sud, pétrole au Kazakhstan, sables bitumineux au Canada, gaz en Australie, bauxite en Inde, etc. : pour la Société Générale, toutes les ressources valent d'être exploitées et ce, malgré les émissions de gaz à effet de serre et les impacts environnementaux et sociaux induits.


La Société Générale mène aujourd'hui les études de faisabilité et d'impacts destinées à réunir 11 milliards d'euros, la somme nécessaire pour financer Alpha Coal, énorme projet minier de charbon en Australie en face de la Grande Barrière de corail.


D'une surface de 64 769 hectares, soit 75 508 terrains de football, cette gigantesque mine à ciel ouvert détruirait 20 618 hectares de forêt tropicale humide et de pâturages et menacerait les centaines d'espèces qui y vivent.


Pour exporter le charbon, une voie ferrée de 495 km devrait être construite jusqu'au terminal portuaire d'Abbot Point. 47 km de voies navigables devraient alors être détournées et deux sources d’eau ainsi qu'une lagune seraient asséchées. Cela s'ajouterait aux 176 milliards de litres d'eau, soit 70 400 piscines olympiques, qu'utiliserait la mine au risque de faire dramatiquement baisser les réserves d’eau souterraines dont dépendent la population et l'agriculture locales.


Le climat ne serait pas non plus épargné. Pendant 30 ans de vie, l'exploitation, le transport et la combustion du charbon émettraient 1,8 milliards de tonnes de CO2, soit plus que les émissions annuelles totales de la Finlande, la Hongrie ou Singapour.


Ce tableau noir ne s'arrête pas là. La Grande Barrière de corail et les nombreuses espèces menacées qu'elle abrite ne pourront résister ni à l'aggravation du changement climatique ni à l'expansion portuaire et l'augmentation du transport maritime. Déjà l'UNESCO sonne l'alarme et menace d'inscrire ce patrimoine mondial sur la liste des sites en danger.


La Société Générale renoncera-t-elle à ce projet ? Rien n’est moins sûr : elle raffole du charbon et des émissions ! Sa contribution dans l’industrie du charbon atteint plus de 4 milliards d’euros entre 2005 et 2011, et elle a financé par ses activités l’équivalent de 634 millions de tonnes de CO2 en 2009, soit plus que Toyota !


En savoir plus :

- Les impacts du projet Alpha Coal, sur le site des Amis de la Terre France

- Profil du projet controversé « Alpha Coal » sur le site du réseau international BankTrack (en anglais).

- Infographie sur Alpha Coal sur le site de Greenpeace Australie (en anglais).

 

Crédits photo : National Geographic

√Čnergies fossiles √† tout prix¬†? Total s'attaque aux gaz de schiste en Patagonie...

L’Argentine, son tango, sa viande, ses étendues sauvages et… ses gaz de schiste ? 3ème pays mondial en termes de réserves exploitables d'hydrocarbures non conventionnels, elle est devenue la destination rêvée des compagnies pétrolières ! Parmi elles, Total est opérateur de plusieurs permis de tight gas et gaz de schiste, jusque dans une réserve protégée en Patagonie…

auca-mahuida-fracking


Suite à la découverte de larges réserves de gaz et huiles de schiste fin 2010, le gouvernement argentin a renationalisé la compagnie pétrolière YPF... et ouvert les portes à des géants mondiaux du secteur : Total, Chevron, Shell, etc. Depuis, la mobilisation de la société civile n'a fait que croître, avec intimidations et répression comme unique réponse. À aucun moment, les populations n'ont été consultées, ni même les communautés indigènes mapuche sur les terres desquelles se trouvent plusieurs projets (1).


Deuxième opérateur gazier du pays, Total s'est empressé de se jeter sur ces ressources, annonçant fièrement dès janvier 2011, une prise de participation dans 6 premiers permis de gaz de schiste, dans la province de Neuquén en Patagonie. Rien de plus naturel pour ce groupe pétrolier qui indique qu'« innover pour conquérir les nouveaux domaines (...) est un axe historique de [sa] stratégie », et est donc « impliqué dans l'ensemble des gaz non conventionnels » (2).


Parmi ces projets, celui très controversé de Pampa las Yeguas II se trouve dans la réserve provinciale Auca Mahuida, site pourtant protégé pour sa faune (plus de 100 espèces, telles que le guanaco, le ñandu et le puma) et sa flore (dont 14 espèces endémiques).


Les travailleurs de la réserve se sont prononcés contre l'adjudication de ce permis et l’utilisation de la fracturation hydraulique : « Il est paradoxal que l'entreprise qui réalisera cette activité (Total Austral) soit originaire de France, pays où cette activité est interdite en raison des graves dommages qu'elle produit pour l'environnement et la santé humaine » (3). Infrastructures invasives, pollution des eaux, fuites de méthane, risques de cancer motivent l’opposition des populations locales contre ce projet, qui menace leurs activités traditionnelles d'élevage.


Suite à une inspection, le Secrétariat de l'Environnement a pointé de nombreuses irrégularités. Par ailleurs, une plainte avait été déposée contre ce projet (4). Mais rien ne semble freiner les ambitions de Total dans ce pays convoité : l'entreprise vient d'annoncer un investissement de 400 millions de dollars pour lancer deux projets pilotes sur son permis Aguada Pichana, dans la célèbre formation schisteuse de Vaca Muerta.


En savoir plus :

(1) Le communiqué de presse des Amis de la Terre France : « Gaz et huiles de schiste : répression des manifestants et violences contre communauté mapuche en Argentine ».


(2) Le communiqué de Total du 14 janvier 2011.

Les projets de gaz non conventionnels de Total dans le monde (site internet officiel).


(3) Journée de mobilisation organisée par les travailleurs d'Auca Mahuida en mars 2013, « Safari contra el fracking en Auca Mahuida » et le clip vidéo.

Le communiqué des travailleurs du syndicat ATE de la Direction d'Aires Naturelles protégées de la Province de Neuquén.


(4) « Sanción a Total por temas ambientales » ; « Impugnan el proyecto de gas no convencional en Auca Mahuida ».

Areva réécrit en vert l'histoire de l'uranium

URÊKA, le musée de l'aventure de l'Uranium (1), vient d'ouvrir à Bessines en Haute-Vienne. « L'épopée française de l'uranium a commencé en Limousin en 1948. Aujourd'hui encore l'aventure continue... ». Tout comme la pollution irréversible des 230 sites miniers français… et la dévastation de bien d’autres territoires par Areva dans le monde entier.

Ureka

Alors qu’Areva fête l’ouverture de son parc d’attraction, les souvenirs laissés par l’entreprise sont loin d’être roses : en Limousin, plus de 60 mines abandonnées polluent sources, rivières et nappes phréatiques. Malgré des réaménagements « paysagers », les traces subsistent. Bessines, où s’est implanté UREKA, accueille déjà plus de 200 000 tonnes d’uranium appauvri et d’autres substances radioactives et mériterait bien le statut d’installation nucléaire.


Le film « Il était une fois l’uranium » présente l’histoire réécrite par AREVA, bien éloignée de celle vécue par les habitants. « Parcourez les anciens sites réhabilités », propose UREKA, taisant les conséquences de l’extraction sur la santé et l’environnement, la pollution des eaux, les émissions de radon…


Le musée célèbre les mineurs, prétendument surveillés médicalement pendant leur activité. Et après ? Rappelons qu’un excès de décès par cancers du poumon et du rein a été « découvert » sur une cohorte d’ancien mineurs (2).


UREKA invite enfin à « explorer l'uranium au présent » et admirer « l'actualité mondiale du minerai » : 120 permis de recherche chez les Aborigènes d’Australie, 139 permis et sites miniers au Niger (3)… Rien sur les conséquences de 40 années d’exploitation : faune et flore détruites, eaux contaminées, nappe d’eau épuisée, un peuple chassé de ses terres et privé de ses activités traditionnelles…


Un sort qui pourrait aussi concerner le Nunavut, territoire Inuit dans le Grand Nord Canadien, où AREVA veut aussi s’implanter (4). Un tel projet serait un désastre pour ce territoire déjà fragilisé par le changement climatique, polluant les sols et les eaux, perturbant les zones de chasse (la culture des Inuit est étroitement liée à la chasse au caribou) et ouvrant la voie à d'autres mines sur ces terres.


Mais AREVA y construira peut-être un autre musée une fois le territoire ravagé ?


En savoir plus :

(1) Le site officiel d'Urêka, le musée interactif de la mine.

- « Uranium en Limousin », film de Thierry Lamireau.

(2) http://www.irsn.fr/FR/Larecherche/Organisation/equipes/radiobiologie-epidemiologie/LEPID/Pages/2011-cohorte-francaise-mineurs-uranium.aspx

(3) Collectif « Areva ne fera pas la loi au Niger ».

(4) Pétition « Après l’Afrique, Areva s’en prend aux Inuit : je dis non ! ».

BNP Paribas finance la recherche sur le changement climatique... qu'elle provoque elle-même !

BNP Paribas finance la recherche sur le changement climatique... qu'elle provoque elle-même !

BNP Paribas soigne son image : elle a mené une grande offensive de communication cette année pour justifier son slogan de « banque responsable ». Sa fondation finance ainsi la recherche contre le changement climatique ! Cocasse pour la banque française la plus climaticide au monde !


Grand colloque public avec personnalités, lancement de quatre think tanks thématiques, campagne de communication, affiche diffusée dans les médias et dans ses agences, site internet participatif et mobilisation des réseaux sociaux : BNP Paribas a sorti l’artillerie lourde en 2013 pour promouvoir son « nouvel engagement de banque responsable ».


Et c’est le mécénat de la fondation BNP Paribas qui a été mis particulièrement en avant sur le plan environnemental. BNP Paribas a aussi organisé ou financé de grandes conférences sur le changement climatique.


Un bel affichage qui tente de dissimuler une réalité bien cachée : BNP Paribas continue de financer les pires projets climaticides et les énergies fossiles à travers le monde, qui contribuent précisément au changement climatique qu’elle aide par ailleurs à étudier ! Et ce ne sont pas les politiques sectorielles qu’elle vient d’adopter, sensées encadrer ses financements et investissements par des critères sociaux et environnementaux, qui changeront la donne.


BNP Paribas est en effet la 8ème banque la plus climaticide au monde et la 1ère française d’après le classement publié dans le rapport « Bankrolling Climate Change » en 2011 par le réseau BankTrack [1]. Elle est hautement impliquée dans le financement de l’industrie la plus polluante qui soit, celle du charbon, à laquelle elle a apporté plus de 10 milliards d’euros depuis 2005.


BNP Paribas était déjà arrivée 1ère du premier classement carbone des banques françaises, publié en 2010 par les Amis de la Terre et Utopies [2]. Avec 1 360 millions de tonnes de CO2 financées par ses activités en 2009, BNP Paribas est ainsi plus polluante que Shell ! Remarquable pour une banque qui se donne pour objectif d’ «agir contre le changement climatique »… 


Pour en savoir plus :

[1] Rapport de BankTrack « Bankrolling Climate Change »

[2] Premier classement carbone des banques françaises des Amis de la Terre et Utopies

 

Télécharger la lettre de réponse de BNP Paribas (15/10/2013. Télécharger la réponse des Amis de la Terre à BNP Paribas (29/10/2013).

 

Comment Air France plane avec la compensation carbone

Comment Air France plane avec la compensation carbone

Pour lutter contre le changement climatique, Air France finance PHCF, un projet de lutte contre la déforestation à Madagascar. En théorie, ce projet contribue à conserver la biodiversité et à stocker du CO2, tout en aidant au « développement humain ». Mais pour les villageois, la réalité est toute autre : l'accès aux terres est désormais restreint et contrôlé.

 

Les émissions de gaz à effet de serre de l'aviation représentent aujourd'hui 2 à 3 % des émissions mondiales (elles pourraient quadrupler d'ici à 2050), mais le secteur aérien européen n'est soumis à aucune contrainte pour réduire son impact climatique. Cependant, la pression s’accroît ! Alors, plutôt que de réduire leur pollution, les compagnies aériennes proposent de créer leur propre marché du carbone où elles compenseraient leurs émissions de CO2.

 

Quel lien avec le projet de lutte contre la déforestation à Madagascar ? Officiellement, aucun : initialement présenté comme un projet de « pur mécénat environnemental », le PHCF (1), mis en œuvre par GoodPlanet et WWF Madagascar, avait notamment pour objectif de « faire progresser les connaissances scientifiques sur le carbone forestier ». En 2010, Air France clamait haut et fort qu'il ne s'agissait en aucun cas d'un projet de compensation carbone. Deux ans et demi plus tard, les masques tombent : la compagnie reconnaît que le projet va générer des crédits carbone... mais qu'elle n'en tirera aucun bénéfice et que l'ensemble des revenus reviendront aux populations locales.

 

Totalement faux ! La mise en place du PHCF confisque des zones forestières entières aux populations locales, déplacées, qui voient leurs moyens de subsistance réduits. Pour que certains puissent continuer à polluer, on demande donc aux plus pauvres de modifier leur mode de vie : la forêt et les terres ne sont plus des territoires mais des stocks de carbone à protéger.

 

Pire, pour surveiller les fraudeurs, une milice a été créée : sa mission, traquer les villageois qui défrichent un lopin de forêt pour cultiver et se nourrir. Une personne prise en flagrant délit risque une lourde amende. Si elle n’est pas en mesure de la payer, c'est la prison. Et comme les patrouilles au sol ne suffisent pas, des avions survolent les villages pour mieux les surveiller !

 

C'est sans doute ce qu'Air France entend lorsque la compagnie explique vouloir faire du ciel le plus bel endroit de la Terre.

 

(1) PHCF : Acronyme de « Projet holistique de conservation des forêts »

 

En savoir plus :

- L'article et la vidéo de Basta : « Avec Air France, compenser les émissions carbone des riches peut nuire gravement à la santé des pauvres  ».

- Le rapport des Amis de la Terre et Basta : REDD+ à Madagascar : le carbone qui cache la forêt , juillet 2013.
 
Crédits photo : Sophie Chapelle/Basta !  

Auchan : indemnisation en attente au rayon textile !

Auchan : indemnisation en attente au rayon textile !

Le 24 avril dernier, le Rana Plaza, qui hébergeait 5 usines textile, s’effondrait, faisant 1 133 morts et encore plus de blessés. Les victimes y fabriquaient des vêtements pour des marques occidentales, dont Auchan, qui, six mois après, refuse toujours de participer au fond d’indemnisation.


Unique par son ampleur, l'accident du Rana Plaza n'est pas un cas isolé. Ce drame fait une fois de plus la lumière sur la négligence criminelle des multinationales quant aux conditions de travail dans lesquelles sont produits là-bas les vêtements que nous portons ici. Sorties de secours bloquées ou inexistantes, installations électriques défectueuses, bâtiments construits sur des sites non-constructibles ou non adaptés à une activité industrielle : malgré les alertes de la société civile, ces dernières années, plus de 1 000 personnes ont trouvé la mort dans des accidents liés à l’état déplorable des usines.


Avec le drame du Rana Plaza, une pétition soutenue par près de 100 000 personnes en France (1) permet d’obtenir la signature par 89 marques d’un Accord de prévention des incendies et de sécurité des bâtiments au Bangladesh, accord contraignant développé par les syndicats locaux. Auchan, ainsi que Carrefour ou encore Camaïeu l’ont signé. Mais l’indemnisation piétine…


Auchan a reconnu qu’une partie de sa production a été sous-traitée de manière informelle par l’un de ses fournisseurs au Bangladesh à l’une des usines du Rana Plaza, mais ne compte pas remettre en cause ses pratiques d’approvisionnement, ni assumer sa responsabilité, ce qui impliquerait de participer au fonds d’indemnisation. Pour toute réponse, Auchan a annoncé un renforcement des contrôles de sa chaîne d’approvisionnement, et notamment de la « sous-traitance sauvage », dont elle se dit victime (2).


Cette annonce est inadmissible : cette sous-traitance et les conditions de travail déplorables ne sont qu’une conséquence logique de la pression sur les coûts exercée par les entreprises donneuses d’ordres, comme Auchan.


Des réunions ont eu lieu en septembre à Genève et le processus avance tant bien que mal : Camaïeu pour la France, et une dizaine d’autres enseignes y ont participé et se sont engagées à indemniser. Auchan a en revanche brillé par son absence, … et les victimes et leur famille doivent encore attendre pour reprendre dignement leur vie.


En savoir plus:

(1) Appel Urgent de Peuples Solidaires/Ethique sur l’étiquette, lancé à la demande de organisations partenaires bangladaises (syndicats et ONG : NGWF, BCWS etc.) :


(2) Communications officielles d’Auchan sur le sujet, notamment le 23 mai 2013 et le 12 juillet 2013.

 

Crédit photo : Gordon Welters

Apple : le ver est dans la mine

Apple : le ver est dans la mine

Suite aux révélations sur les impacts sociaux et environnementaux dramatiques de l’exploitation de l’étain de l’Ile Bangka en Indonésie (1), Apple, qui utilise pourtant ce métal pour ses smartphones, est le seul géant du high-tech à refuser de reconnaître son implication.


Samsung, Philips, Nokia, Sony, BlackBerry, Motorola et LG ont reconnu leur responsabilité et se sont engagés à trouver des solutions pour mieux contrôler leur chaîne d’approvisionnement. La marque à la pomme refuse, elle, de dire si l’étain de ses iPhone vient de l’île Bangka.


Culture du secret ou difficulté à remonter sa chaîne d’approvisionnement ? Pour Apple, qui cherche depuis longtemps à se donner une image d’une entreprise responsable, la simple actualisation de sa page Internet sur la responsabilité de des fournisseurs est loin d’être suffisante (2).


La situation est pourtant relativement simple : près de la moitié des approvisionnements mondiaux d’étain sont utilisés par le secteur de l’électronique pour faire des soudures, et 30 % de l’étain produit dans le monde vient d’Indonésie. La forte demande en métaux portée par l’engouement pour les produits high-tech favorise le développement d’exploitations illégales. L’exploitation minière sur l’île Bangka est responsable de la destruction de 65 % des forêts et plus de 70 % des récifs coralliens de l’île, ainsi que de la mort d’une soixante de mineurs en 2012. De plus, quinze rivières sont aujourd’hui contaminées par les déchets miniers et l’accès à l’eau potable est devenu un problème pour plus de la moitié de la population.


Les mines de Bangka ne sont pas un cas isolé. Pendant des années, l’exploitation du coltan, un des 40 métaux contenus dans nos téléphones, a en partie financé la guerre civile en République démocratique du Congo.


La faiblesse des taux de collecte et de recyclage de nos anciens appareils, la course à l’innovation, la démultiplication des produits à l’extrême (smartphone, phablet, tablette), tout comme la courte durée de vie des biens, poussent les constructeurs à prélever toujours de nouvelles ressources, et à fermer les yeux sur les conditions sociales et environnementales de leur extraction.


Quelques opérations greenwashing permettent de mieux passer sous silence les impacts dévastateurs de l’industrie high-tech qui est tout sauf « verte » (3).



En savoir plus :

(1) Le communiqué de presse des Amis de la Terre France : Enquête sur les mines d'étain : Bangka, une île paradisiaque d'Indonésie, menacée par la production de smartphones et le rapport de Friends of the Earth EWNI, Mining for smartphone : the true cost of tin, novembre 2012.

 

(2) Le site internet d'Apple.

Les réponses des autres constructeurs .

 

(3) Sur les impacts de nos smartphones : www.dessousdelahightech.org .

 

Crédits photo : Ulet Ifansasti/Friends of the Earth

Alstom prospère à l'ombre des grands barrages

Alstom prospère à l'ombre des grands barrages

Le groupe français est impliqué dans de nombreux grands barrages destructeurs à travers le monde, notamment ceux de Belo Monte et du Rio Madeira en Amazonie brésilienne.


Alstom joue un rôle critique dans le développement frénétique des grands barrages en Amazonie. L’entreprise est directement impliquée dans deux projets emblématiques, le barrage de Belo Monte, et ceux du Rio Madeira. Ces immenses chantiers ont fait la une de la presse internationale en raison de leur impact social et environnemental et de la résistance des peuples indigènes concernés.


Le gouvernement et les intérêts industriels brésiliens, avec la complicité de groupes étrangers comme Alstom et GDF Suez (développeur du barrage de Jirau sur le Rio Madeira), ont tout fait pour imposer ces mégaprojets destructeurs. Les études d’impact ont été volontairement minimisées, le droit national et international ignoré, et les forces de sécurité déployées pour protéger les chantiers de la résistance indigène et des revendications ouvrières.


Rien que de très familier pour Alstom, qui se partage le marché mondial des turbines hydroélectriques avec deux autres groupes aux pratiques tout aussi contestées, Voith Siemens et Andritz. Le nom de l’entreprise est régulièrement cité dans une multitude de projets controversés dans le monde entier, comme au Soudan (Merowe), en Inde (Lower Subansiri) et maintenant en Éthiopie (le projet très contesté par l’Égypte du barrage Grande Renaissance sur le Nil bleu). En Chine, où il a été activement impliqué dans le barrage des Trois Gorges, le groupe français vient d’inaugurer une usine géante de fabrication de turbines. Avec pour objectif explicite d’aider les développeurs chinois et autres à bétonner les grands fleuves d’Asie et d’Afrique encore préservés.


Bien souvent, l'électricité produite alimente des méga-projets miniers au détriment des populations. Ce sera la cas pour les compagnies Vale, Alcoa et AngloAmerican dans le cas de Belo Monte.


Alstom n’intervient pas directement en tant que développeur ou opérateur d’un barrage. De ce fait, elle échappe le plus souvent à toute mise en cause de sa responsabilité pour la destruction environnementale et les bouleversements sociaux que causent les activités dont elle tire ses profits. Une impunité d’autant moins justifiée que cette multinationale est souvent impliquée dès la phase de conception des projets, comme cela a été le cas pour les deux barrages du Rio Madeira.



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